Robert Charlebois livre du courrier à Repentigny depuis 1993 et il prendra sa retraite l’an prochain, après 33 ans à faire sa tournée, beau temps, mauvais temps.
Par Jacob Ranger | Arts, lettres et communication
À Pointe-aux-Trembles, un peu avant que le soleil se lève, Robert Charlebois est déjà debout. Sa journée commence tranquillement, en prenant le temps de déjeuner et de regarder les prévisions météorologiques. «Même si ce n’est pas très fiable la météo, ça nous donne un bon aperçu s’il va pleuvoir ou pas, ou s’il va faire froid ou chaud», raconte-t-il en souriant.
Ce qu’il aime de son métier, c’est d’être dehors, de bouger, de voir du monde. «Ce n’est pas travailler dans un bureau entre quatre murs. […] On fait beaucoup de rencontres.»
UN FACTEUR PAS COMME LES AUTRES
Quand il parle de sa tournée quotidienne, Robert ne parle pas de rues ou de numéros de boîte aux lettres. Il parle de personnes, de liens et de sourires qu’il a croisés. Tous les mercredis, il s’arrête à la porte de madame Irena Komar. En même temps de lui livrer son courrier, il prend de ses nouvelles.
«Le mercredi, c’est pour moi le meilleur jour de la semaine. Je reste à la fenêtre, j’attends ma correspondance, mais surtout son sourire et sa gentillesse», confie Mme Komar, les yeux brillants. Elle décrit Robert comme une présence rare et précieuse. «C’est vraiment le facteur numéro un. Une personne magnifique, très intérieure.»
LE MÉTIER CHANGE, L’HUMAIN RESTE
Le métier a changé avec les années. Il y a moins de lettres, plus de colis et la technologie s’est invitée dans le processus de redistribution. «Avant, les lettres, quand elles arrivaient, c’était tout mélangé, tout pêle-mêle. […] Aujourd’hui, c’est une machine qui trie toutes les lettres d’avance.» Robert a vu le métier évoluer, mais une chose est restée: l’importance de la présence humaine. «De s’apercevoir qu’il y a des gens qui sont contents de voir les facteurs à tous les jours, tu te poses la question: pourquoi sont-ils si contents? C’est parce qu’ils ne voient personne d’autre dans la journée.»
PILIER AU BUREAU DE POSTE
Au restaurant Chez Raphael, chaque vendredi matin, c’est le rituel des facteurs de Repentigny. Un moment de détente entre collègues. Paul Ethier, son ami et collègue depuis plus de 30 ans, résume bien l’ambiance de travail avec lui. «Robert, c’est un clown, on a du fun. L’ambiance au travail, c’est vraiment ce qui est le fun le matin. […] son départ à la retraite va faire en sorte que ça va faire un vide.»
Postes Canada est le seul service, dans beaucoup de régions du pays, qui se rend jusqu’aux portes des Canadiens. Même si ce n’est pas «rentable», le courrier continue de se rendre dans les villages, les communautés éloignées et le Grand Nord. «C’est du monde qui n’a pas de services de d’autres compagnies. Les seuls qui vont là, c’est Postes Canada. Il ne faut pas couper ça. Livrez, par exemple, dans le Nunavut, dans le Grand Nord ou peu importe l’endroit plus isolé… Postes Canada est là. On est partout. Ça le dit: de partout jusqu’à vous.»
Il parle de son métier avec une sincérité rare et une affection palpable. Ce qu’il retient le plus de ces 30 dernières années de service, ce sont toutes ses années. «Cette année, c’est mon meilleur moment vis-à-vis le meilleur moment de l’année passée, et ainsi de suite. Ça fait 33 meilleurs moments que j’ai connus.»
