L’illustrateur Pascal Blanchet craint que son métier disparaisse dans les prochaines années à cause de la génération d’images par l’intelligence artificielle.
Par Abéline Gingras | Arts, lettres et communication
«J’ai peur qu’ultimement, on devienne des idiots visuels, dit-il avec un visage inquiet. Que ça nous rende abrutis parce que si tu ne vois plus des trucs différents, tout commence à ressembler à la même chose. Forcément, c’est comme écouter juste des trucs débiles à la télé.»
La peur de l’illustrateur Pascal Blanchet avec l’ascension de l’utilisation de l’intelligence artificielle semble l’envahir. Marie Lafrance, une de ses amies, aussi illustratrice, partage sa crainte similaire. «Je crains une uniformisation de l’image, dit-elle. Ça n’est pas pour rien qu’on reconnait facilement quand c’est fait par IA.»
Pascal Blanchet est l’un de ceux qui se questionnent sur le futur du métier. Jean-Paul Eid, un illustrateur talentueux, partage aussi son inquiétude sur l’avenir qui attend les illustrateurs. «L’IA vole des portfolios entiers pour pouvoir imiter des styles, dit-il. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce vol n’est pas anodin. Un portfolio, c’est bien plus qu’une certaine quantité d’illustrations, c’est des années d’expérience.»
PARCOURS ARTISTIQUE IMPRESSIONNANT
L’illustrateur Pascal Blanchet a eu la chance de participer à plusieurs grands projets marquants. Il a fait de fausses affiches publicitaires pour le film de Wes Anderson, The French Dispatch. Il a collaboré avec plusieurs grandes maisons d’édition comme Penguin Books et La Pastèque. L’intérêt de Pascal Blanchet pour la musique jazz explique son engouement envers sa collaboration avec le Festival de jazz de Montréal pour illustrer leur affiche officielle. «Je suis un maniaque de jazz. C’était comme un peu le rêve. Depuis que je suis gamin, je me disais qu’un jour, je vais faire ça. Ça finit par apparaître en 2022, faire l’affiche du festival.»
Ce sont d’ailleurs les pochettes d’album de jazz des années 40 qui lui ont donné la flamme de faire des créations. Il avait plusieurs pochettes de disque et il s’émerveillait devant ces vieilles créations poussiéreuses, dans le sous-sol de ses grands-parents.
Il trouve encore le moyen de décrocher grâce à de nouveaux passe-temps, même si l’illustration prend une place importante dans son quotidien. «Probablement que ce serait un peu bête à dire, mais je me suis quand même découvert une passion sur le tard pour la gym, dit-il, depuis 4 ans, c’est mon truc à fond.»
L’illustrateur a joint son métier et sa passion dans un de ses projets, intitulé Culture physique. Il met en valeur l’univers de l’entrainement et de la musculation.
CAHIERS REMPLIS DE CROQUIS
Pascal a toujours eu un intérêt pour le monde artistique. Son intérêt pour le dessin a été problématique à quelques reprises pendant son parcours scolaire. «Quand j’étais à l’école, c’était toujours un problème immense, dit-il en riant. Je me faisais taper sur les doigts pour ça. Je me faisais toujours chialer après, parce que je dessinais.»
Il a eu la chance, au primaire, d’avoir une professeure ayant compris la flamme qu’il avait pour le dessin et a décidé de travailler avec lui pour le meilleur de sa réussite. «Elle me laissait 15 minutes, durant la journée, où j’avais le droit de dessiner, et de ne pas écouter, dit l’illustrateur. Parce que c’était la seule façon de garder mon attention sur quoi que ce soit.» Son père lui a donné toutes les bases du métier étant dessinateur technique.
POSSIBILITÉ DE CHANGEMENTS DE CARRIÈRE
L’illustrateur songe à s’orienter vers une nouvelle profession, malgré son amour pour le métier qu’il exerce depuis plus de 20 ans. Pascal aimerait travailler dans le milieu de la scénographie comme directeur artistique puisque les contrats d’illustration se font rares.
«Je suis même en train de regarder pour trouver d’autres choses, essayer de me réorienter un peu, tout en restant dans le domaine de la création, dit-il. J’ai travaillé un peu sur des projets de scénographie, clairement, ça a toujours été un truc qui m’a intéressé.» De belles perspectives à venir pour l’illustrateur, rempli d’espoir pour la suite.
