Sonia Bourget s’ouvre sur la réalité du télétravail dont plusieurs ignorent les effets négatifs au long terme. Elle pensait s’y faire, mais le temps n’arrange pas toujours les choses, même après plusieurs années.
Par Laurie Bordeleau | Arts, lettres et communication
La spécialiste en intelligence d’affaires, Sonia Bourget, travaille dans la compagnie LGI Solutions Santé depuis près de deux ans. Elle s’occupe principalement de former des employés dans des centres hospitaliers pour qu’ils soient en mesure de fournir les chiffres demandés par le ministère de la Santé. Elle ressent qu’une grosse partie de son travail la retient à aller de l’avant. Elle cherche à s’évader chaque jour en exprimant sa passion pour l’art de multiples façons.
Sonia a débuté ses études en infographie, mais a décidé de mettre ce choix de carrière de côté pour consacrer son temps à ses enfants. Elle a exploré plusieurs médiums d’art pendant ses temps libres. Elle a découvert une échappatoire par le biais du dessin et de la peinture dès son jeune âge et s’en est servi pour «vivre et exprimer [ses] émotions».
«La pression des patrons m’étouffe, on dirait que je vois plus le bout.» Son travail est demandant mentalement, donc il est primordial pour la passionnée d’arts de relâcher la pression et de «prendre du recul sur [ses] responsabilités professionnelles» afin de conserver un équilibre mental et émotionnel. L’art devient pour elle un espace de liberté où elle peut s’exprimer librement.
SOUS UN AUTRE ŒIL
Son fils, Matisse Bordeleau, observe la dissociation de Sonia au fil du temps. Il constate que sa mère «perd de son entrain et qu’elle n’est plus la même sur ses heures de travail». Il trouve difficile de la voir sombrer vers la dépression. Il aimerait pouvoir l’aider. Matisse cherche sa mère derrière sa fatigue. Il espère chaque jour qu’un sourire reviendra illuminer le visage de Sonia.
Une amie de la collègue de Sonia est également en télétravail, mais cette dernière le perçoit sous un autre angle. La directrice des finances chez Production Casablanca, Andréanne Audet, travaille de la maison. Elle trouve que le télétravail l’accommode dans sa vie de tous les jours. Elle y trouve un équilibre, une harmonie discrète entre ses responsabilités et le rythme de sa vie. Le confort de son foyer devient un lieu où elle peut être pleinement présente.
«Le télétravail permet de commencer ma journée sans le stress du déplacement, affirme-t-elle. Le travail de la maison permet une meilleure conciliation travail et famille.» Andréanne est d’avis que le secret pour aimer le travail à domicile est d’avoir une bonne discipline. Elle a pris un moment à s’y faire, mais les avantages sont plus présents que les désavantages.
QUAND L’ESPRIT FATIGUE, LES MAINS PRENNENT LE RELAIS
«Il y a un sentiment d’isolement qui est très présent, qui s’accumule avec le temps et qui pèse très lourd.» Sonia Bourget constate que celui-ci enveloppe son quotidien et naît de l’absence de contacts humains, et de moments spontanés comme des conversations avec ses collègues autres que par rapport au travail. Ce vide social crée un silence intérieur qu’aucune réunion virtuelle ne parvient à combler.
Elle a réalisé que le télétravail devenait problématique pour elle il y a quelques mois. Une journée complète s’est écoulée sans qu’elle n’ait de réunion, d’appel de ses collègues, ni de contacts avec un humain. «J’ai songé abandonner, dit-elle. Je me pose la question à savoir si c’est vraiment pour moi le télétravail.» Elle craint que le travail à domicile lui enlève son habileté et son aisance à communiquer avec autrui.
«Je n’en peux plus de cet isolement perpétuel, dit-elle. Je cherche à retrouver ma vie sociale d’autrefois.» Sonia veut reprendre une aisance avec le contact humain ainsi qu’un plaisir à côtoyer ses collègues, comme elle avait l’habitude de le faire lorsqu’elle ne travaillait pas de la maison.
«J’aime beaucoup la diversité dans mes tâches de travail et un emploi comme dans le secteur de la construction me permettrait de reprendre ma vie sociale.» Sonia Bourget a toujours choisi son emploi en fonction des défis intellectuels. Elle se pose cependant la question à savoir s’il ne serait pas mieux pour elle de faire un pivot dans sa carrière et d’opter pour un travail manuel. L’aménagement paysager est un boulot qu’elle envisage.
Une des raisons qui la poussent à se tourner vers le domaine paysager est qu’il englobe des intérêts professionnels avec lesquels elle n’a jamais travaillé, mais qu’elle souhaite explorer. «Je suis une fille d’expérience et je veux savoir ce que ça fait de travailler à l’extérieur plutôt que de rester cloitrée derrière mon ordinateur à longueur de journée.»
