Chanter, jouer, incarner : l’art d’être doubleuse

La doubleuse québécoise, Elisabeth Gauthier Pelletier, fait les voix québécoises d’Ariana Grande, Camila Cabello et Beyoncé dans les films Wicked, les Trolls 3 et l’adaptation réelle du Roi Lion. Elle compte à son répertoire une trentaine d’autres personnages auxquels elle a prêté sa voix parlée et chantée. 

Par Alexiane Tourangeau | Arts, lettres et communication 

Elisabeth Gauthier Pelletier est une jeune femme pleine de surprise. Elle est principalement doubleuse, mais elle change d’air de temps à autre pour être comédienne de théâtre musical et actrice de motion capture. Formée au Collège Lionel-Groulx en Théâtre musical et en Interprétation théâtrale, elle trouve rapidement et facilement sa place dans l’art.  

Elle explore le commencement de sa carrière de théâtre musical en endossant le rôle principal de Carmen Diaz dans la comédie musicale Fame. Avec son expertise dans le domaine et sa personnalité rayonnante, la jeune femme se fait de plus en plus reconnaitre par des personnes de renommée. Cette annonce surprenante lui donne la motivation pour y mettre tout son cœur et explorer davantage l’art de l’interprétation. 

«Je voulais faire ça toute ma vie, faire du théâtre musical, dit-elle d’un ton émerveillé. Finalement, on me dit que j’ai le talent et que j’ai le premier rôle.» 

L’ÉCLAT D’UNE VOIX 

La débrouillarde comédienne obtient son premier contrat de doublage en 2018. Elle double quelques répliques du film Par Amour des Chiens, ou Dogs Day en anglais, de Ken Marino, référée par son agente qui admire son talent. Malgré un petit rhume cette journée-là, elle parvient à donner le meilleur d’elle-même pour faire ses preuves en tant que doubleuse.  

«Je pense que, quand tu es bonne patenteuse, comme artiste, tu t’en sors, dit Elisabeth d’un ton assuré. Tu sais, j’aimais ça faire du montage vidéo, faire mes choses moi-même et comprendre comment les faire.» 

Sa capacité à transformer sa voix pour interpréter des personnages jeunes ou plus âgés, des personnages qui chantent et d’autres qui sont des animaux lui a permis d’avoir une versatilité unique. Elle fait les voix citées plus haut, mais aussi récemment celle de Loto, dans le film d’animation Moana 2, et celle de Noah dans la saga espagnole À contre sens

ENTRE SCÈNE ET QUOTIDIEN 

L’artiste multidisciplinaire a un horaire de travail peu ordinaire. Ses semaines peuvent varier de 40 heures de travail à rien du tout pendant deux semaines. Le doublage se fait sur des heures plus classiques de bureau, de 9 heures le matin à 15 heures, pendant les jours de semaine seulement. Le théâtre, d’un autre côté, profite des fins de semaine libres de ses comédiens pour faire des séances intenses de répétition. 

«Parfois, c’est essoufflant, s’exprime-t-elle exténuée. Je cours partout et je suis dans le jus, autant que tout à coup, en plein milieu de la semaine, j’ai une journée libre.» 

Elisabeth doit toujours être libre dans la semaine en cas d’imprévu. Son agente peut l’appeler tard le soir pour l’avertir qu’elle doit être au studio MELS, un studio sur la Rive-Sud de l’île de Montréal, loin de son domicile, le lendemain matin. Elle a un mode de vie particulier et très variable d’une journée à l’autre. Son engagement dans cet horaire imprévisible montre tout l’intérêt qu’elle porte au doublage québécois des films internationaux. 

FAUT-IL CRAINDRE LA VOIX ARTIFICIELLE? 

Le sujet de l’intelligence artificielle vient aux oreilles de tous quand l’image et le cinéma sont évoqués. Les scénaristes, monteurs et acteurs de voix risquent de perdre leur métier dans quelques années en raison de l’évolution de cette technologie. Plusieurs autres métiers que ceux nommés plus haut sont en voie d’extinction et rien ne peut empêcher la progression technologique vécue dans ces temps modernes.  

La doubleuse sait qu’elle ne peut rien faire contre l’IA, mais ce qui la dévaste encore plus c’est que les doubleurs en fin de carrière donnent déjà leur voix à l’intelligence artificielle sans penser aux doubleurs qui débutent tout juste dans le métier. «Mais là, ils font toute leur carrière dans la voix et avant de partir ils nous font toute une jambette», dit-elle avec frustration. 

Un directeur de plateau du studio Cinélume à Montréal, Adrien Loreau, partage un avis plus optimiste sur le sujet. Son travail est de guider les acteurs de voix lors de leur session d’enregistrement pour qu’ils puissent donner la meilleure interprétation des personnages. Il pense qu’un déplacement de certains métiers va être exécuté à cause de la nouvelle technologie, sans forcément retirer son travail. «Je n’ai pas nécessairement peur que mon travail disparaisse avec l’arrivée de l’IA, mais c’est sûr et certain qu’elle va changer des choses», partage-t-il sincèrement.