Les cours d’arts dans les écoles, pas si inutile!

Le temps accordé aux cours d’arts au secondaire a été réduit depuis la réforme québécoise en éducation de 2005.

Par Marie-Hélène Ross (texte) et Kimberly Lapointe (vidéo) | Arts, lettres et communication

Les élèves québécois de quatrième secondaire ont droit à seulement 350 heures par année de cours d’arts contre 1 150 pour les langues et 1 100 pour les mathématiques et sciences combinées. Les matières plus théoriques laissent moins de place aux matières qui utilisent la créativité comme premier outil.

Des enseignants en art au secondaire déplorent ce manque dans le système d’éducation. «Deux périodes par cycle de neuf jours, ce n’est pas suffisant pour avoir le temps de s’investir comme il le faut et être capable de faire des réalisations qui montrent le plein potentiel de l’élève», exprime l’enseignant en art médiatique, Jean-François Mongeau.

Les cours d’art sont non seulement importants, mais ils sont aussi vitaux dans le développement des jeunes adultes, selon la psychothérapeute Nicole Asselin. L’art contriburait «à équilibrer l’être humain dans sa vulnérabilité parce qu’il est capable d’être en contact avec ses forces.»

Photo reportage 8 - Graphique heure

MANQUE DE TEMPS NE VEUT PAS DIRE MANQUE D’INTÉRÊT

Le Collège Saint-Sacrement consacre depuis 2014 une partie de ses couloirs à une galerie d’art dans le but de montrer les réalisations des élèves. «Ce qui manquait à l’école, c’était un lieu permanent où l’on peut afficher les oeuvres des élèves pour qu’ils soient visibles sur une longue période de temps, dans différentes expositions, sous différents thèmes, raconte l’enseignante et responsable de la Galerie d’arts Lapierre Sonia Laurendeau. Ça donne un beau petit plus. Les élèves sont motivés.»

Même si le temps alloué aux matières artistiques est restreint comparativement aux autres matières, les élèves continuent de surprendre les enseignants. «Les travaux d’élèves sont souvent comparables à des travaux d’artistes», insiste la responsable. Cette clientèle, attirée par les arts, ne peut pas vivre leur passion à fond. Malgré l’intérêt des jeunes, l’administration des écoles n’accorde pas nécessairement de temps alloués à visiter des musées d’art dans le but d’apprendre à apprécier l’art et à le comprendre. L’achalandage des groupes scolaires dans les musées à chuter de presque 2.5% entre 2011 et 2015, selon l’Observation de la culture et des communications du Québec.

Le problème est administratif, selon l’artiste et ancien professeur d’arts plastiques Pierre Legrand. «On sait très bien que les périodes au secondaire sont seulement d’une heure à une heure et demie, affirme-t-il. Ça prendrait donc au moins deux périodes pour faire une sortie d’une telle envergure.» Les établissements scolaires n’ont malheureusement pas toujours les ressources financières ou le temps à consacrer à une telle activité.

Photo reportage 9 - Graphique musée

L’ART, ÇA MANGE QUOI EN HIVER?

Pour l’obtention du diplôme d’études secondaires (DES), seul le cours d’arts du quatrième secondaire est compté, en plus des sciences, des mathématiques et d’histoires de la même année.

L’art est plus souvent qu’autrement associé directement aux arts plastiques, mais le mot «art» est beaucoup plus vaste. La musique, le théâtre et la danse font partie des choix des élèves dans certaines écoles comme forme d’art obligatoire.

À l’école secondaire Armand-Corbeil, le cours Art et multimédia permet aux élèves de non seulement faire des arts plastiques, mais aussi d’utiliser les nouvelles technologies et d’autres médiums pour faire leurs projets. «Au-delà de la matière, le but est d’apprendre des façons de faire qu’ils vont pouvoir utiliser même s’ils ne choisissent pas l’art comme profession, explique l’enseignant Jean-François Mongeau. Ce sont des façons de faire qu’ils vont pouvoir réutiliser plus tard.»

Pour l’artiste Marielle Dupuis, le fait d’exposer est important pour les jeunes. «C’est bien de les pousser à créer dès un jeune âge et aussi d’avoir le pouls de la clientèle. Lors des expositions, le public voit les travaux et ils sont éblouis, ils trouvent ça beau. Un élève moindrement gêné qui reçoit ce genre de compliments va être porté à continuer à faire de l’art. Ça va aussi jouer sur l’estime de soi.»

Les enseignants d’arts dans les écoles ne sont pas là pour former des artistes et ils le savent. Leur but est de donner une autre façon de s’exprimer aux élèves et parfois même, leur offrir une petite pause. «Surtout dans le programme d’éducation internationale dans lequel je travaille, c’est un bien nécessaire pour eux, mais aussi pour les autres matières parce que ça leur permet d’évacuer le surplus d’information qu’on peut leur véhiculer pendant les cours, confirme l’enseignant d’art médiatique. Quelque part, lorsqu’ils viennent dans les cours d’art, c’est un peu comme le cours tampon où ils peuvent travailler d’autres sphères de leur cerveau et surtout leur créativité.»

SOIF D’APPRENDRE

«Dans les cours d’art théoriques, tu apprends l’histoire, les différents courants, les différentes manières de voir le monde selon les artistes,» admet l’étudiante Fabienne Hamel Michaud, avec les yeux pétillants.

Ces cours amènent les adolescents à en savoir plus sur leur propre culture et celle d’ailleurs. Pour plusieurs enseignants, il est donc impératif de garder ces cours, considérés comme une «matière molle» par plusieurs.

Pour les enseignants, le mandat est clair. «On se concentre beaucoup plus à développer la créativité, le sens critique et aussi de permettre aux élèves de faire des choses différentes qu’ils ne feront peut-être pas non plus autrement dans leur vie», explique l’enseignant Jean-François.

Pour plusieurs enseignants, l’épanouissement de l’élève est plus important que le produit final. «On veut mettre l’accent sur l’élève, sur son plein potentiel et son talent,» complète Sonia Laurendeau.


Logique contre créativité: qui gagne?

Petit cours express d’anatomie du cerveau: le cerveau humain est séparé en deux parties différentes appelées l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit. Les deux ont des tâches et des champs d’expertise propres à eux.

L’hémisphère gauche est celui du rationnel et de la logique. Il touche à tout ce qui est de l’ordre du séquentiel, de l’analyse, du déductif et de la parole. L’individualisme est aussi une caractéristique propre à ce côté. Le cerveau gauche s’occupe aussi de la réflexion et de l’abstrait.

L’hémisphère droit quant à lui est celui de la créativité. Les notions sociales et les intuitions de l’être humain lui sont attribuées. Il regroupe aussi tout l’aspect du non-verbal, de l’irrationnel et du rapport d’induction, donc celui de pouvoir faire des liens entre différentes situations.

Les deux parties ont des caractères distinctifs, mais pourtant ils sont complémentaires l’un de l’autre. Lorsque l’un va disparaître, l’autre va prendre la relève. Ce phénomène peut être observé lors de la résolution de problème. «Ça permet à l’Humain de s’adapter et de trouver d’autres manières de faire», admet la psychothérapeute Nicole Asselin.

Même si le cerveau droit est associé à l’art, cette dite créativité est un mot très large. Par exemple, dans un problème mathématique, l’humain va utiliser sa perception globale de la situation qui est propre au cerveau droit pour ensuite aller travailler les détails qui viennent des compétences du cerveau opposé. La même chose arrive avec la technique d’essais et erreurs. Le fait d’explorer les possibilités provient du cerveau créative parce qu’il travaille sur quelque chose d’intangible.

Il n’y en a pas un meilleur que l’autre ou plus important. L’important est de travailler autant les deux côtés pour permettre à l’être humain de faire des connections rapidement et à devenir des êtres plus équilibrés.

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