Survivre dans l’ère de la musique numérique

Le nombre de ventes d’albums physiques est passé d’un peu plus de 12 à 5 millions entre 2006 et 2015, selon l’Institut de la statistique du Québec. La dématérialisation de la musique suscite présentement de l’inquiétude pour plusieurs musiciens.

Par Charlotte Gaudreault (texte) et Alicia Rodrigue (vidéo) | Arts, lettres et communication

La chaîne de magasins HMV, offrant un éventail de CD, DVD et produits dérivés, a annoncé, le 27 janvier, la fermeture de tous ses magasins au Canada. L’entreprise avait de lourdes dettes de 39 millions de dollars envers HUK 10 Ldt. Sachant que les revenus d’HMV Canada sont passés de 266 millions de dollars en 2012 à 193 millions de dollars en 2016, la fermeture n’a pas surpris le milieu des affaires.

Les employés de magasins HMV ont toutefois eu un choc en apprenant la nouvelle. «On voyait tous [la fermeture] venir, éventuellement, dit le gérant du HMV des Galeries Terrebonne, Charles-Guillaume Deneau. Par contre, on aurait jamais pu dire dans la prochaine année. J’aurais dit d’ici peut-être cinq, six ans» Ce dernier a travaillé pendant dix ans chez cette entreprise. Outre M. Deneau, ce sont près de 1400 personnes qui ont perdu leur emploi avec cette fermeture.

LE RETOUR DU VINYLE

«Il y a beaucoup de vieux joueurs qui ne savent pas comment suivre. Je comparerais ça avec le fer à cheval : quand les voitures sont arrivées, si tu continuais à faire des fers à cheval, tu perdais ton travail. Il faut juste que tu t’adaptes. […]  HMV, c’est comme le fer à cheval : ils n’ont jamais suivi la renaissance du vinyle», dit l’organisateur de spectacles Philippe Laroque.

Lorsque l’on rentre dans la chambre de ce dernier, un meuble rempli de vinyles attire tout de suite le regard. Dans cette petite pièce chaleureuse, les objets et les affiches ayant rapport avec la musique sont nombreux. Pas de doute, Philippe Laroque est un vrai fan de musique.

M. Laroque adore les vinyles pour toute l’expérience venant avec ceux-ci. Sortant un vinyle de son enveloppe de carton avec précaution, il montre ses particularités artistiques qui en font, selon lui, une oeuvre d’art. «Ça ajoute une toute autre dimension à l’oeuvre quand tu la possèdes en format physique», dit-il.

Le professeur en communication à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal Éric Létourneau observe aussi cette popularité montante du vinyle. «On ne sait pas combien de temps ça va durer, c’est sûr : ce sont des modes qui vont, qui se modifient et qui peuvent revenir plus tard, mais pour l’instant, on est dans un bon mouvement vers le vinyle, dit-il. Il y a une certaine forme de qualité différente que celle que le CD propose et qui peut plaire aux usagers.» Le professeur note aussi l’explosion de petits collectionneurs de musique en format physique.

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VENDRE DE MANIÈRE INDÉPENDANTE

Philippe Laroque encourage grandement les gens à se tourner vers les disquaires indépendants pour ses employés passionnés et sa grande diversité de produits. La Table Tournante, magasin indépendant de disques physiques situé dans le Vieux-Terrebonne, en est un exemple. Malgré son fanatisme pour les vinyles, le propriétaire et fondateur Marc-Olivier Marchand voit tout de même certaines limites à la popularité grandissante des vinyles. «Ce n’est pas tout le monde encore qui veut s’y mettre parce que les gens téléchargent beaucoup. Alors, ils se disent :  »Pourquoi je m’encombrerais d’un gros disque 12 pouces par 12 pouces qui va prendre de la place et de la poussière? »».

LES SITES DE STREAMING CONTROVERSÉS

La musique en format MP3 n’est pas la seule à rendre la vie difficile à la musique en format physique. Les sites de streaming, tel le célèbre site Spotify, deviennent de plus en plus utilisés. Sur Spotify, il est possible pour les utilisateurs d’écouter de la musique gratuitement. Quelques contraintes s’y ajoutent, par conséquent, tels la présence des publicités et l’impossibilité de choisir précisément la chanson à écouter, donc à devoir tomber sur celle-ci par hasard dans une liste de lecture. Pour les amoureux de ce site, l’option de payer 10$ par mois permet de profiter pleinement de celui-ci.

L’ancien gérant du HMV des Galeries Terrebonne Charles-Guillaume Deneau a quelques bémols à propos du système des sites de streaming. «Les gens oublient qu’avec le streaming, ça vous prend un abonnement à un téléphone cellulaire ou quoique ce soit pour écouter la musique, explique-t-il. Donc, à la place d’acheter un album à 10$ et de l’écouter où et quand ils le veulent, les gens payent pour un contrat de cellulaire à 60$ par mois, plus un abonnement en streaming de 10$ par mois». Charles-Guillaume Deneau énonce le fait qu’il n’est pas rentable de payer 70$ par mois seulement pour écouter un nombre restreint d’artistes. «Ce qui est dommage, c’est qu’en consommant ce média, ce n’est même pas l’artiste que l’on aime que nous allons encourager : ce sera la compagnie de distribution.»

Selon un article publié dans Le Monde en février dernier, les artistes reçoivent 0,0010 cents par écoute sur Spotify. L’ancien batteur du groupe Les BB, François Jean, trouve cela révoltant. Il énonce qu’une plus grande solidarité entre les artistes pourrait peut-être les amener à gagner davantage pour chaque écoute.

L’INNOVATION COMME SOLUTION

L’industrie de la musique étant en constant changement selon François Jean, il est nécessaire de s’adapter à celle-ci pour survivre dans le milieu.

Le professeur Éric Létourneau est d’accord que les redevances offertes aux artistes devraient être revues, mais il voit avant tout la dématérialisation de la musique comme un beau défi pour les nouveaux artistes. M. Létourneau voit positivement la décision qu’ont pris plusieurs artistes en laissant leur musique complètement libre et gratuite en copyleft, stratégie ayant permis à certains groupes québécois de se faire connaître. Après avoir offert leur musique gratuitement, ceux-ci la présentent dans un environnement (un site Internet, par exemple) intéressant pour le public. «On parle souvent des revenus, mais il faut être apte et souple comme artiste à créer de nouvelles formes de diffusion, dit-il. Donc, il faut être inventif.»


DÉSACCORDS ENTRE TAYLOR SWIFT ET LES SITES DE STREAMING

La chanteuse américaine Taylor Swift a refusé, en 2014, de permettre l’écoute de sa musique sur les plateformes de musique en continu Spotify et Apple Music. La chanteuse est contre les faibles revenus versés aux artistes pour le nombre d’écoutes de leur musique sur ces plateformes. Alors qu’Apple Music offre au public trois mois d’essai gratuit, pas un seul dollar n’était offert aux artistes pour les écoutes provenant de ces trois mois. L’indignation de Taylor Swift a toutefois motivé des artistes, en juin 2015, à obtenir des redevances sur les écoutes, même en période d’essai. Swift et l’entreprise ont beaucoup collaboré depuis que les artistes ont obtenu gain de cause chez Apple Music. L’album 1989 de la chanteuse ainsi qu’un film exclusif documentant la tournée du même nom sont maintenant disponibles sur le site d’Apple Music. Swift a aussi apparu dans une publicité pour la plateforme l’année dernière.

La discorde est toujours présente entre le site de streaming musical Spotify et Taylor Swift, car les artistes reçoivent une moyenne d’un peu moins de 0,01$ par écoute. La plateforme permet aussi aux usagers d’écouter gratuitement la musique disponible sur leur site. Taylor Swift explique que cela ne devrait jamais être gratuit, dans un article de The Wall Street Journal, car «la musique, c’est de l’art, et l’art est important et rare. Les choses rares et importantes ont une valeur. Il faut payer pour ces choses qui ont de la valeur.»

Le projet de la chanteuse de créer sa propre plateforme de musique en continu du nom de Swifties, le surnom donné à ses fans, a été annoncé dans les médias en mars. Swift viendrait ainsi faire compétition à Spotify.

À lire aussi : Les défis de l’industrie du disque

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