Métiers non traditionnels : les différentes facettes

Les travailleurs et travailleuses québécois de métiers non traditionnels ont des défis à relever au quotidien pour faire leur place. Histoires d’hommes et de femmes évoluant dans des milieux où la société ne les attend pas.

Par Marilou Légaré (texte) et Marilou Lemire (vidéo) | Arts, lettres et communication

Plus de 250 professions sont jugées non traditionnellement masculines selon Emploi-Québec. La première moitié de ces emplois comptent moins de 15% de femmes et l’autre moitié en répertorie moins de 8%.

Des initiatives et concours encouragent pourtant les femmes à choisir des métiers dits masculins au Québec. L’enseignant en sociologie du Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, Robert Ménard, ne s’en étonne pas.

«La pression est différente d’un sexe à l’autre en ce sens que la femme devra être plus performante, explique-t-il. Elles doivent constamment prouver leur compétence». Il ajoute que les femmes auront, en plus, à subir des commentaires machistes et sexistes, voire misogynes lorsqu’elles s’investissent dans des milieux majoritairement masculins. L’intégration d’un homme dans un milieu non traditionnel serait plus facile selon M. Ménard. «À l’inverse, la société va accepter, et même valoriser, un homme dans un milieu féminin.»

25 ANS POUR FAIRE SES PREUVES

Chantal Machabée a une rare journée de congé, mais elle ne la passera pas à relaxer. Elle doit apprendre un texte pour un film et préparer des directs.

À 24 ans, elle devient la première femme de l’histoire à animer le bulletin sportif à RDS. Elle n’a jamais hésité à faire le métier de journaliste sportive. « Je n’ai jamais considéré ça [le journalisme sportif] comme un métier d’homme », dit-elle.

Le passage chez les professionnels a été plus difficile. L’expérience acquise durant ses années universitaires et les nombreux emplois effectués bénévolement comme marqueuse et reporter était continuellement remise en question à son arrivée dans les grands médias. «Les hommes me demandaient ce que je faisais ici, se souvient-elle. Je dirais que pendant 25 ans on a testé mes connaissances».

La pression est grande parce que ses compétences ont souvent été questionnées. «On a mis mes compétences à l’épreuve en me posant des questions, autant par les amateurs que par les collègues de travail, dit-elle. J’ai fait ma place tranquillement.»

Elle a toujours cru qu’elle avait sa place parmi les hommes. Elle savait qu’elle avait les connaissances. Sa confiance en a par contre parfois subi des coups durs.

Chantal Machabée est toujours aussi passionnée malgré les obstacles qu’elle rencontre. Elle doit apprendre à vivre avec les commentaires haineux depuis l’arrivée des réseaux sociaux. Elle a entendu «Retourne dans ta cuisine!» à maintes reprises. Chantal raconte même s’être fait menacer de mort trois fois.

Celle qui entame sa trente-quatrième année de métier accepte aujourd’hui les conséquences apportées par sa tribune. «Il y a toujours eu des hommes misogynes et il y en aura toujours, souligne-t-elle. J’ai appris à me faire une carapace.»

RÔLE INVERSÉ

L’éducateur, Jean-François Côté, s’amuse avec les derniers enfants encore présents au service de garde de l’école primaire du Moulin, à Repentigny, avant de leur dire à demain. Il y travaille depuis 13 ans.

Jean-François est connu des jeunes et des parents. «J’ai eu des frères et soeurs plus vieux, donc ils savent c’est qui J.-F.», dit-il.

Il a donc une facilité à établir des liens avec ses jeunes. «À 32 ans, je comprends ce que les jeunes aiment, note-il. Je joue encore au Playstation et aux Pokemons.»  La peur de vieillir lui traverse souvent l’esprit. «Ça me fait peur un peu c’est sûr, j’espère être d’actualité ou encore avoir le tour [avec les jeunes]».

Jean-François s’implique le plus possible en bougeant avec ses élèves puisque sa santé le lui permet. Il met sur pied un tournoi de hockey dans le cadre d’un volet pré sport-études unique aux jeunes du service de garde.

«Quand je vais être vieux de corps, je vais continuer à être jeune de coeur», espère-t-il.

MOUTON NOIR

Nadia (prénom fictif) est une ancienne travailleuse sociale qui travaille désormais pour une compagnie de transport sous juridiction fédérale. Elle accepte de raconter la transition entre ce métier traditionnellement féminin à celui de camionneuse, métier traditionnellement masculin.

Il n’y a que quatre femmes au sein de la compagnie de transport de 200 employés. Le changement est total. Nadia a l’impression d’être un véritable mouton noir.

Elle savait dans quoi elle s’embarquait en choisissant ce milieu. «Je savais que je recevrais des commentaires sexuels ou des propos dégradants, mais je ne veux pas généraliser, ajoute-t-elle. Je sais que ce n’est pas pareil dans tous les milieux d’hommes».

Elle est allée voir son employeur avec des preuves concrètes de ce qu’elle recevait en messages privés sur Facebook. Jamais elle n’a été prise au sérieux. Elle s’est donc dit «tu changes d’emploi ou tu fais avec».  

Nadia se sent seule, mais pas en danger. «C’est sûr que travailler avec une fille c’est plus plaisant, je sais que je vais passer une belle journée», précise-t-elle.

Elle adorait son emploi antérieur, mais son absence de diplôme universitaire ne lui fournissait pas des revenus suffisants pour subvenir au besoin de sa famille. Elle a donc réorienter sa carrière.

Son patron lui demande à son arrivée si elle désire avoir des enfants. Elle répond non. Les plans changent et elle tombe enceinte.

Elle se met sur la CSST parce que la grossesse ne lui permet pas de longs trajets sur la route. Son salaire diminue automatiquement de moitié.

Elle dénonce le manque d’efforts de la compagnie pour l’accomoder. Elle ne lui trouve pas un autre poste dans les bureaux afin de compenser sa baisse de revenu.

Nadia est présentement en congé de maternité et retournera conduire des camions dans quelques mois.

POINT DE VUE D’UN EMPLOYEUR

Patrice Brouillette et son associé ont fondé leur compagnie de rénovation, ProXpert, en 2010. Il s’occupe conjointement des embauches avec son associé.

Aucune femme n’exécute de tâches physiques pour l’instant, mais Patrice ne voit pas d’inconvénients à en embaucher une. «Ma conjointe s’occupe d’ailleurs des finances de la compagnie», dit-il.

L’important, pour lui, ce sont les compétences. «Peu importe que ce soit un homme ou une femme, tout dépend des capacités physiques, explique-t-il. Les qualifications sont importantes».

La compagnie emploie quatre personnes, tous connues de Patrice. Il ne croit donc pas qu’un de ses employés tiendraient des propos déplacés à l’égard d’une femme. Si une situation problématique survient, il ne fermerait pas les yeux. «C’est sûr qu’il y aurait une sanction, mais je ne sais pas encore laquelle», dit Patrice.

Le patron en lui veut le bien de ses employés. «C’est sûr que je serais porté à les [femmes] ménager en leur faisant faire des travaux de peinture et de détail». Il sait pourtant que certaines femmes sont suffisamment outillées pour suivre la cadence d’un chantier de construction.

Il note d’ailleurs que les commentaires sont plus méchants entre deux hommes. Il raconte que tous les commentaires qu’il entend le trois-quart du temps sont lancés à la blague. «Les gens en construction sont un peu colons, ajoute-t-il. Les femmes doivent s’attendre à des commentaires déplacés».

Patrice conseille aux femmes qui veulent percer le milieu de foncer et de ne pas s’arrêter après avoir frappé un mur.  

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MINORITÉ MÉCONNUE ET RÉCOMPENSÉE

Plusieurs initiatives ont été créées pour faire découvrir les milieux masculins aux jeunes femmes, dont le concours «Chapeau, les filles!». Grâce au concours créé par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES), les femmes sont encouragées à effectuer des métiers non traditionnels. Le concours souligne la volonté des étudiantes à étudier dans une formation professionnelle. Le volet Excelle Science récompense les femmes s’étant démarquée dans le domaine.

Le Collège Montmorency et l’Institut de protection contre les incendies (IPIQ) proposent quant à eux la campagne : «Les filles ont le feu sacré!». Cette organisation tente d’initier les femmes de 15 à 25 ans au métier de pompière.

Ces deux initiatives permettent de favoriser la mixité sur le marché du travail. D’autres centres de formation ont mis en branle d’autres campagnes dans diverses régions du Québec selon les besoins.

Les formations de coiffure, secrétariat et décorations sont les plus convoitées parmi la gente masculine à la Commission scolaire de Laval, tandis que les formations de charpenterie-menuiserie, électromécanique et électricité sont celles où l’on retrouve le plus de femmes malgré qu’elles soient encore minoritaires.

Le site de l’information sur le marché du travail (IMT) contient tous les renseignements nécessaires pour choisir les études et les métiers appropriés selon les profils des travailleurs québécois.

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