Sam Robitaille habite à Montréal et observe les subtilités du déclin du français depuis 19 ans. Elle observe tous les jours, de son condo à Griffintown à son cours de sciences infirmières à l’Université McGill, que le français n’est pas la langue préférée dans la grande métropole.
Par Mahée Turcotte | Arts, lettres et communication
Sam poursuit un baccalauréat depuis un an en sciences infirmières à l’Université McGill, une université anglophone. «La vie à McGill, c’est vraiment bien, dit-elle. Je trouve qu’il y a vraiment une vie active et sociale.» Elle passe son temps à participer à des activités, à profiter de toutes les installations et à étudier avec ses amis issus de langues et de cultures variées.
Sam est exposée à la diversité linguistique depuis son plus jeune âge. «Ses premiers mots ont même été en grec», affirme sa mère, Sophie Robitaille. L’évolution de son français et de son anglais s’est faite tout au long de son parcours scolaire, alors qu’elle découvrait également d’autres langues, comme le russe, l’arabe et l’espagnol.
VIE DE CITADINE
Sam est complètement amoureuse de sa ville. «Ce que j’aime le plus dans le fait d’habiter à Montréal, c’est la diversité et les nombreuses options d’événements et d’activités, dit-elle. Il y a toujours des festivals, il y a toujours de la vie la nuit, et tout est à portée de main.» Des Francos à Montréal en lumière, Sam est rarement confinée à l’intérieur de son condo.
La citadine aime se promener dans les quartiers ethniques, où elle magasine, goûte à des mets de cultures diverses et assiste aux nombreux festivals publics offerts par la ville. La vie qu’elle mène est, selon elle, une véritable vie de rêve, comme dans les films. «Un Gossip Girl à la montréalaise», dit-elle en riant.
La future infirmière a toujours su qu’elle travaillerait dans le domaine de la santé. Les sciences infirmières lui permettent de mettre à profit son côté social et extraverti, et le volet pratique de ses études et de la profession lui apporte le dynamisme dont elle a besoin.
Elle a d’ailleurs vécu une expérience des plus enrichissantes en 2022, alors qu’elle a séjourné quelques semaines à l’Université Oxford, en Angleterre, où elle a suivi quelques cours. Elle était ravie de tâter le pouls du domaine médical et des études universitaires qui l’attendaient.
FRANÇAIS OU ANGLAIS ?
Sam effectue des stages dans plusieurs hôpitaux de la ville, où elle est plus qu’heureuse de maîtriser la langue anglaise. Certains de ses stages se déroulent à l’Hôtel-Dieu de Montréal, où le français n’est pas toujours la langue prioritaire. «Pour ma dernière rotation, j’étais à l’Hôtel-Dieu, qui est plus près du centre-ville, donc c’était vraiment moitié-moitié, affirme-t-elle. Certains employés voulaient qu’on leur parle en français, d’autres en anglais.»
L’une de ses collègues, qui travaille au Children’s Hospital, où les patients sont majoritairement anglophones, parle presque uniquement en anglais au travail. Les jeunes d’aujourd’hui sont plus bilingues et multilingues qu’avant, selon la professeure et chercheuse en sociolinguistique de l’Université de Montréal, Julie Auger. «La société montréalaise et québécoise est beaucoup plus diversifiée aujourd’hui», s’exprime-t-elle.
Sam considère parfois la transition entre la langue parlée à l’école et celle qu’elle doit utiliser au travail comme un défi en soi. «À l’hôpital, parfois, c’est vraiment difficile de faire la transition entre les deux langues, de chercher mes mots, surtout ceux qui sont très spécifiques, plus scientifiques», explique-t-elle. La stagiaire doit souvent demander aux infirmières et aux patients bilingues de l’aider à traduire certains termes.
Sam a été confrontée au même enjeu il y a deux ans, alors qu’elle travaillait chez Adonis, une épicerie moyen-orientale située à Griffintown. «C’était plus en anglais, souligne-t-elle. Il y a beaucoup de gens qui arrivent de pays différents, et pour qui l’anglais est soit une langue qu’ils connaissaient déjà, soit la première qu’ils apprennent en arrivant.»
«Je ne trouve pas ça nécessairement horrible d’avoir des gens qui parlent anglais, mais je pense que le français devrait quand même rester une langue que tout le monde doit connaître, dit-elle. Je trouve ça vraiment frustrant qu’on perde notre français, notre québécois, ici au Québec, puisque ça fait vraiment partie de nos origines.»
PROJETS D’AVENIR
Sam rêve de s’établir et de travailler en Estrie, afin de se rapprocher du reste de sa famille et de renouer avec son premier amour: l’équitation. Elle envisage de travailler dans un établissement de santé régional où elle pourra mettre à profit ses compétences en soins infirmiers, tout en bénéficiant d’un mode de vie plus calme et plus proche de la nature.
