L’humoriste de la relève québécoise Lauriane Lalonde raconte, à travers son parcours et les défis rencontrés, ce qui l’a menée à exercer ce métier depuis trois ans.
Par Alexia Ianniciello | Arts, lettres et communication
Elle a étudié en journalisme à l’UQAM avant son amour pour la scène. Elle se destinait au milieu culturel, mais un détour inattendu l’a menée vers sa véritable vocation. Elle tente sa chance à l’École nationale de l’humour sur les conseils d’un ami et est diplômée en 2024.
L’école de l’humour a changé sa vie. «C’est là que j’ai compris que j’avais vraiment envie de faire rire les gens, mais surtout de leur parler avec sincérité, dit-elle en souriant. On ne m’avait jamais donné autant d’espace pour être moi-même, pour explorer qui je suis et ce que j’ai envie de dire.»
Elle adore puiser dans son vécu sur scène et considère que ses spectateurs se reconnaissent beaucoup dans ce qu’elle raconte. Les anecdotes familiales, les réflexions du quotidien, les moments d’inconfort deviennent matière à rire, mais aussi à réflexion. «Ma famille, c’est une grande inspiration pour moi, explique-t-elle. Pas parce qu’elle est parfaite, mais parce qu’elle est vraie, imparfaite, attachante.»
HUMOUR COMME MIROIR
Elle croit au pouvoir de l’humour pour aborder des sujets plus profonds, parfois même tabous. Sa démarche va bien au-delà du simple divertissement. Son approche résonne particulièrement auprès de ses collègues. «Elle a une super bonne vision de comment sa génération voit le monde, explique l’humoriste québécoise et collègue de Lauriane, Magalie Saint-Vincent. Elle parle de sa position de femme, mais toujours avec douceur, jamais de façon militante.»
Magalie Saint-Vincent observe que Lauriane se démarque aussi par son langage actuel et ses références ancrées dans la culture numérique. «Elle a un langage très TikTok, très Internet, affirme-t-elle. C’est ce qui la rend proche de son public.» Elle doit composer avec les réalités difficiles du milieu culturel québécois malgré son authenticité et son talent. Le sous-financement, en particulier, pèse lourdement sur sa pratique artistique.
«J’ai eu des contrats annulés à la dernière minute, juste parce qu’on n’avait pas vendu assez de billets, confie l’humoriste de 26 ans. Là, tu perds 150 piastres et t’avais compté là-dessus pour payer ton loyer.» Elle souligne aussi la pression constante de devoir étendre sa visibilité «Faut que tu sois sur scène, sur Instagram, sur TikTok, en train d’écrire et de produire, dit-elle, découragée. T’as pas le luxe de juste créer tranquillement.»
Humoriste québécoise et meilleure amie de Lauriane, Elizabeth Grondin, connaît bien cette réalité. «C’est une job très solitaire, très compétitive, explique-t-elle. Moi, j’essaie de créer de la solidarité entre nous, surtout entre les femmes humoristes.» Elle considère l’autoproduction comme une piste à privilégier. «On peut de plus en plus se produire nous-mêmes sans attendre que les grosses boîtes nous choisissent, affirme-t-elle. Mais encore faut-il avoir les moyens.»
Lauriane insiste sur le besoin de ressources. «On a besoin de ressources concrètes, pas juste d’être vues dans des réels, insiste-t-elle. Si on veut que la culture québécoise reste vivante, il faut soutenir ceux qui la portent.» Son témoignage montre clairement que le manque de financement nuit non seulement à la qualité des œuvres, mais aussi au bien-être et à la pérennité des artistes eux-mêmes.
PARLER VRAI
Elle garde espoir malgré les défis. Elle rêve de monter un spectacle solo, de participer à des galas d’humour d’été, et surtout, de continuer à parler vrai. «Je veux que les gens rient, qu’ils se sentent compris, qu’ils repartent le cœur un peu plus léger, affirme-t-elle. Mais pas à n’importe quel prix.»
Son parcours est déjà riche de rencontres marquantes et de moments surréalistes, comme jouer à la Place des Arts avec Arnaud Soly ou partager la scène avec ses modèles d’enfance, même s’il est encore jeune. Elle continuera de faire rire, de faire réfléchir et de laisser sa trace, c’est certain.
