Merci à toi, Oscar Walsh

Texte écrit par Mikaël-Alexis Bowes, qui s’est mérité la 4e place à l’occasion du concours littéraire – récit d’horreur et d’épouvante 2023.

Lire Dépecé.

Lire Diéthyllysergamide.

Lire Forlorn Light – version française.

Il avait ressenti un léger frisson, contrastant délicieusement avec la chaleur que les rayons de soleil offraient à sa peau, assis face à sa grande baie vitrée. Il réfléchissait beaucoup. Énormément en fait. Il passait ses journées devant cette grande fenêtre qui lui donnait une magnifique vue sur la cour arrière de sa grande maison. Confortablement installé dans son fauteuil rouge au troisième étage, il restait silencieux, les mains sur chaque accoudoir, profitant du paysage qui s’offrait à lui. L’homme tourna lentement la tête vers la porte, son intuition lui disant que, s’il y avait eu un courant d’air, ça ne pouvait venir que de la porte.

En effet, Marie, sa servante, entra dans la pièce, un sourire triste collé aux lèvres :

– Bonjour monsieur Token, j’espère que vous allez mieux aujourd’hui.

L’homme fronça les sourcils et regarda la jeune femme d’un air ennuyé, avant qu’elle continue.

-Voilà votre café et votre journal, monsieur. Je reviendrai sous peu vous porter vos médicaments.

Cette routine se répétait tous les jours : la jeune femme aux cheveux en chignon venait rejoindre cet homme riche dans sa chambre, lui offrir tout ce dont il avait besoin pour passer une agréable matinée. Il était toujours surpris de la manière de parler de Marie, comme s’il était souffrant, alors qu’au contraire, il se sentait un peu mieux depuis son congé de maladie, même si ce n’était pas parfait.

Maxime Token venait d’Allemagne. Grand écrivain et chercheur, il avait imposé son image dans plusieurs médias jusqu’à devenir malade de son propre reflet. À la suite de ses recherches, il avait reçu plusieurs prix et son visage apparaissait dans tous les journaux, vantant les mérites de son dur labeur. Il détestait toute cette attention.

Il accepta volontiers ce que lui tendait la jeune femme, relançant son regard las vers la fenêtre. La jeune femme resta debout près de lui un instant, après être silencieusement revenue alors que Maxime était perdu dans ses pensées, bougeant sur place comme si elle se retenait de lui annoncer une certaine nouvelle. Ennuyé par son attitude stressante, il lui fit un signe de la main de continuer à parler, comprenant qu’elle souhaitait lui annoncer quelque chose. Elle lui tendit lentement un petit carnet brun foncé, faisant froncer les sourcils de Maxime.

Il poussa un soupir, posa son café et ses médicaments sans même en avoir pris une gorgée. Maxime n’avait jamais l’air ravi de voir les cadeaux d’Émile, comme si Maxime croyait son grand frère maudit. Enfin, il était persuadé que tous les gens qui l’entouraient lui voulaient du mal, symptôme de burn-out qui devrait disparaître s’il prenait sa médication, selon le médecin. Mais il détestait ça, il avait l’impression d’être un cobaye, d’être sous l’emprise de chercheurs qui testaient des médicaments sur une personne en parfaite santé.

Il reconnut ce petit carnet rapidement, puisque son frère Émile ne cessait d’essayer de le lui donner chaque fois qu’il venait lui rendre visite dans sa grande maison. Maxime, de sa main frêle et froide, vint empoigner celui-ci pour le poser sur sa table basse. Il se rappelait la veille : son grand frère était venu pour le voir, mais il ne se sentait pas bien. Émile avait sûrement donné le journal à Marie pour qu’elle le lui offre lorsqu’il se sentirait mieux.

Mais il devait se l’avouer, il était curieux d’en lire le contenu. Il lui jetait des coups d’œil envieux de temps à autre, serrant les accoudoirs entre ses doigts pour s’en empêcher.

Alors que Marie était partie depuis quelques heures, sûrement pour nettoyer la demeure, il prit lentement le carnet, comme s’il était stressé d’en découvrir les organes. Ses doigts en parcoururent la reliure usée, avant de l’ouvrir et de déglutir, sa respiration anxieuse envahissant le silence de la pièce.

« 24 avril 1995,

Voilà. 6 ans de recherches partis en poussières. 6 ans à ignorer ma propre famille, à sacrifier toute ma vie pour que tout me soit dérobé par un abruti incapable de faire ses propres recherches. »

Maxime ravala difficilement sa salive, un sentiment d’inconfort envahissant violemment son estomac. Il ne comprenait pas trop d’où provenait cette sensation, comme si un blanc immense avait masqué ses souvenirs.

« Cet Oscar Walsh a profité de moi et de ma gentillesse, il a abusé de mon savoir et de ma compréhension pour récupérer le mérite. Il m’a fait croire qu’il voulait qu’on soit collègues, amis, amants, pour finalement me planter un couteau dans le dos comme si tout ce que l’on avait vécu ne valait rien.

Il a osé voler mes données, les partager et surtout signer son nom sous celles-ci. Il m’enrage. Me dégoute. J’ai tout perdu. J’ai tout donné. Maintenant … »

L’écriture qui suivait était totalement illisible, la personne qui avait écrit ces mots était visiblement en colère. Encore une fois habité de ces émotions intenses et désagréables, il se leva, se tenant à son fauteuil rouge, les mains légèrement tremblantes. Il se dirigea vers son lit, marchant comme s’il s’était enfilé plusieurs verres de whiskey, avant de tomber sur le matelas dur, sur le dos, le regard fixe. Il se rappelait d’Oscar, enfin, peut-être pas, il n’était pas sûr.

Il n’était pas sûr.

Un bruit étrange dans le couloir vis-à-vis sa chambre retentit. Le bruit était semblable à la plainte d’un chien… non… D’un ours.  Le trentenaire se redressa dans son lit. Sans même s’en être rendu compte, il s’était endormi, encore fagoté des vêtements de la veille. Quelques faibles rayons de la lune traversaient sa chambre, mais pas assez pour pouvoir analyser adéquatement ce qui l’entourait.

Maxime se leva lentement pour aller ouvrir sa porte de chambre. Il sortit la tête, regarda partout et ne vit rien.

-Marie ? Est-ce vous ?

Sans réponse. Le chercheur fronça les sourcils, n’entendant au loin que le calme terrifiant de sa demeure. Les murs semblaient si différents  et pourtant si semblables. Il commença à avancer. Les murs brun foncé étaient maintenant beaucoup plus pâles, affichant un beige presque blanc.

Mais ce n’était pas la seule chose qui avait une apparence différente, puisque certains meubles avaient changé de place et de forme, comme s’ils étaient à présent conçus pour ne pas être ouverts.

Maxime était dérangé, essayant de se rassurer en se disant que la fatigue devait lui donner cette impression, puisqu’il n’avait pas l’habitude de se réveiller en pleine nuit. Il ne trouva personne debout, se dirigeant donc à nouveau vers sa chambre. Il se changea, avant de reprendre place dans son lit, trouvant difficile de se rendormir après cette journée.

Ce manque de sommeil se fit ressentir le lendemain, puisqu’il avait l’air encore plus morose qu’à l’habitude. Dès l’arrivée de Marie, il la fit sortir d’un mouvement de la main, ne prenant donc ni son café, ni son journal, ni ses antidépresseurs ce matin-là. Il finit même par s’endormir sur sa chaise, réveillé par une voix cette fois, provenant à nouveau du couloir.

Persuadé que Marie s’approchait, il referma les yeux. Il entendit marmonner plusieurs minutes, avant de se fâcher et de se lever pour aller vers la porte et d’entendre cette phrase :  

-Pourquoi perdre ton temps à prendre ces pilules ?

Surpris, ne reconnaissant pas cette voix, il ouvrit vivement la porte, les chuchotements stoppant brusquement au même moment. Inquiet, il referma celle-ci, retournant s’asseoir en s’accrochant encore une fois aux accoudoirs de sa chaise.  

Son pied tapait rapidement le sol pour évacuer le stress, alors qu’en baissant les yeux, il tomba sur son carnet qu’il avait laissé tomber au sol la veille lors de sa confusion. Il avait eu une migraine intense avant de se lever; le petit carnet devait sûrement lui avoir glissé entre les mains. En colère, Maxime prit celui-ci et il se leva avant d’aller vers le couloir et hurler, lançant le petit cahier contre le mur face à sa chambre.

Le claquement de sa porte alerta Marie, qui vint rapidement voir ce qui créait ce brouhaha. En ouvrant la porte, elle trouva l’homme en panique, caché dans un coin de sa chambre. Pourquoi autant de changements? Pourquoi n’arrivait-il pas à reconnaître sa propre maison? Il tenait sa tête entre ses mains, se recroquevillant sur lui-même.

Elle vint le voir, s’agenouillant à ses côtés. Il sentit un pincement dans sa jambe puis il se calma et s’endormit.

Les jours suivants, il entendit encore marcher, il n’arrêtait pas d’entendre des pas. Son état ne fit que s’empirer. Il entendait des pas, errait dans sa demeure, l’air confus, hagard, incapable de rester calme, toujours persuadé qu’on marchait derrière lui, que le bruit feutré de pas le suivait. Pourquoi était-il incapable de savoir qui le suivait?

Il entendait marmonner, chuchoter et geindre. Il entendait des demandes et des ordres. Puis, ce n’était plus humain, il entendait grogner et glapir comme un chien ou un oiseau. Chaque fois qu’il était seul, il entendait peu à peu les bruits devenir plus forts et distordus.

Un jour, il marchait dans un couloir, les murs étaient normaux ; l’autre, il sanglotait en fixant les murs fondre vers une couleur plus pâle. Cette même date, il oubliait ses médicaments, alors que d’autres fois, il en prenait le double. Pourquoi n‘arrivait-il pas à se sentir normal ? Tout était flou.

Tout était flou.

Maxime se gratta la joue, sentant sa peau rugueuse frotter contre ses doigts. Posé dans son fauteuil, il se sentait oppressé, comme si une entité sombre le suivait. Il regarde sans cesse par-dessus son épaule, persuadé que quelqu’un sauterait derrière lui pour lui faire peur. L’homme serra encore une fois l’accoudoir entre ses doigts, ses jointures perdant leurs couleurs tellement la pression était forte. Il entendit gratter. Il essayait d’ignorer, en vain. Il tourna la tête, lentement, le corps raide comme s’il était mort. Il la vit, la bête, ses grands doigts effilés et blancs, ils s’incrustaient sous la porte, laissant de profondes crevasses dans le bois. Ses mouvements s’accélérèrent, accompagnés de gémissements de douleur.

Une respiration profonde prit place, Maxime étant incapable de savoir à qui elle appartenait, alors que le sang de la bête vint tacher le sol et la porte. Maxime eut peur, se leva d’un coup. Avant même d’avoir le temps de crier, les longs appendices de la bête s’étaient déjà retirés, des pas lourds fuyant au loin.

Un silence pesant s’imposa, Maxime ne lâchant pas du regard le sang noir, épais et visqueux de la bête. Il avait l’impression d’être capable de la sentir malgré la distance, cette odeur de fer et de fermenté.

Il se leva et alla toucher lentement le liquide, mais lorsqu’il tourna sa main vers son visage pour analyser le sang, elle n’était pas tachée de sang. Il tourna lentement la tête vers le sol, où l’hémoglobine avait disparu.

Il était en colère.

Il ne comprenait pas, il détestait ne pas comprendre, lui qui avait l’habitude d’être si intelligent. On devait lui tendre un piège… Oui, c’était ça, c’était un piège que Émile lui faisait, en lui rappelant l’existence d’Oscar! Peut-être même Marie, qui voulait se venger de son manque de douceur? Il fronçait les sourcils.

Et si Oscar avait planifié tout ça pour le rendre fou ?

Il y pensait sans cesse. Et si c’était vraiment Oscar qui ne voulait que lui faire du tort? Il était assis face à sa porte de chambre. Il l’attendait, cette bête gigantesque qui le hantait. Il n’avait pas bougé depuis plusieurs heures.

Il tenait un couteau, qu’il avait récupéré le matin même en prévision de la bête, prêt à l’attaquer dès qu’elle viendrait à nouveau le hanter. Le silence régnait, mais Maxime s’entendait respirer bruyamment, nerveux malgré lui.  Malgré sa peur, il savait qu’il devait rester calme pour la vaincre. Parce qu’il n’avait pas le choix : il devait la vaincre.

Il avait de grands cernes, qui tiraient presque au noir. Il attendait jusque tard dans la nuit, à l’affût des moindres craquements, de moindres signes d’une quelconque présence. Il lui semblait d’ailleurs qu’il n’avait pas vu Marie depuis bien longtemps. Où était-elle? Tandis qu’il se perdait en hypothèses, il la vit : l’ombre de la bête, ramper devant sa chambre en attendant qu’il sorte pour le traquer. Elle s’amusait de sa peur : il le sentait. Il serra le manche du couteau entre ses doigts, prêt à attaquer la créature, qui sembla partir au même moment : c’était sa chance.

Il se leva d’un bond, ouvrit sa porte et sortit. Sans faire de bruit. Il marcha près du mur, comme si celui-ci lui donnait un avantage contre la bête. Il posa lentement ses pieds au sol sur la moquette bourgogne de sa grande maison et en baissant la tête, il vit les traces de la créature. Il écarquilla les yeux : elle existe. Elle existe !

Il accéléra ses pas, essayant de suivre les traces au sol pour pouvoir tuer la bête, en arrivant dans son grand salon, rempli de canapés bruns, il lui fit face.

Il lui fit face.

Ou pas.

Il vit le dos d’un homme, qui se tenait bien droit alors qu’il regardait un tableau au-dessus de la grande cheminée.

-C’est tout de même étrange d’avoir un portrait de soi ici…

Maxime fronça les sourcils, confus. Il leva lentement les yeux vers ladite toile et observa un corbeau blanc, perché sur une branche face à un étang. Il regarda un peu le blond devant lui, serrant le couteau dans sa main.

Il reconnaissait ses épaules, ses cheveux… mais surtout sa voix.

-Qu’est-ce que tu fais ici? Comment es-tu entré?

Ça y était : il le reconnaissait : ces yeux, ce sourire en coin. Plusieurs souvenirs firent surface dans la tête de Maxime. Il se souvenait d’une chambre, d’un lit aux draps satinés si doux contre leurs corps. Il se souvenait de leurs bouches qui s’entremêlent dans des échanges torrides, cette même bouche qui avait un sourire malicieux lorsqu’il lui avait annoncé qu’il avait récupéré tout le mérite de leurs recherches.

Oscar ne répondit pas. Il se tourna vers Maxime, lui affichant ses yeux bleus plus heureux que jamais.

Une migraine fit surface et Maxime se mit à masser ses tempes. Il pinça la bouche, des flashs de souvenirs venant heurter toutes les parois de son cerveau. Il ferma les yeux une seconde. Oui, maintenant, il se souvenait.

-Je suis juste venu te rendre visite. Émile ne te l’a pas dit ?

Non, il ne lui avait pas dit, car il ne l’avait pas vu depuis plus de trois semaines. La dernière fois qu’il avait eu de ses nouvelles, c’était dans le carnet où il avait lu que… Oscar avait volé sa réussite. Maxime fronça les sourcils, en colère, laissant l’homme s’approcher de quelques pas, alors qu’il serra le couteau entre ses doigts.

-Ne fais pas cet air Max… je suis sûr que je te manque…

Maxime avait le regard figé, laissant l’homme lui toucher lentement la taille.

Maxime tourna lentement la tête vers Oscar, pour affronter son regard et tomba nez à nez avec deux grands trous béants, dans lesquels s’effilochait de la chair putréfiée presque noire, surplombant un grand sourire rempli de dents affûtées.

Incapable de crier, Maxime recula de quelques pas rapidement, fixant les vêtements de l’homme -ou de la bête-, se déchirer sous le changement de grandeur de la créature face à lui. Il avait reculé si vite qu’il était tombé au sol, faisant tomber le couteau sous l’un des canapés. Il essaya de le récupérer, sans lâcher du regard la bête qui s’approchait.

En voyant ses grandes mains s’approcher, il laissa le couteau à l’abandon et se releva rapidement, sortant du salon à la course. Il n’avait pas besoin de regarder derrière, il l’entendait. Des pas le traquaient, lentement.

Il s’enfuit. Il courait. Il haletait.  Il essayait de fuir la bête, même s’il sentait que c’était inutile. Il sentit sa main presque lui toucher le bras, mais il réussit à s’en défaire.

Il hurla de terreur, tétanisé et effrayé, il perdit ses sens, mais surtout ses moyens. Il courut à travers cette maison qu’il était censé connaître, mais il ne la connaissait plus.

Cette créature irréaliste au bras beaucoup trop long, cette peau si pâle et ces cheveux si longs le poursuivait. Il paniquait, se débattait.  Sa carrure rachitique se débrouillait pour le poursuivre rapidement, sa grande mâchoire disloquée laissait de la bave tomber au sol, ainsi qu’une respiration horripilante, chaude et moite.

Sa longue langue sortait de sa bouche alors qu’il continuait de poursuivre l’homme, lâchant de forts grognements. Maxime continua de s’enfuir, essayant de ne pas aboutir dans les grandes mains squelettiques du monstre. Son cœur voulait sortir de sa poitrine.

Malheur.

Celui-ci, beaucoup plus grand grâce à ses deux mètres, attrapa la jambe de Maxime. Celui-ci tomba au sol et essaya de ramper pour fuir cette bête, ce monstre, cette créature inimaginable qui lui voulait autant de tort. La créature le retourna sur le dos, le tenant avec une main sur son torse contre le sol pour l’empêcher de fuir.

Reniflant l’homme de haut en bas, sa langue traînant involontairement contre son ventre, il commença à baver davantage sur l’humain sous lui. Il se redressa, laissant une légère distance entre eux, avant de lentement descendre sa main sur son ventre. Maxime se débattait, totalement impuissant sous la créature géante le maintenant contre son parquet foncé. Maxime tenta de heurter le crâne de la bête, mais après son premier coup, du liquide noir lui gicla au visage. La créature fit un bruit de douleur, mais davantage de colère, avant de venir rejoindre les mains de Maxime au-dessus de sa tête.

Le monstre enfonça lentement ses doigts dans la peau sensible de Maxime. Peu à peu, ses longs ongles crasseux prenaient place profondément dans son ventre. Il réussit enfin à perforer sa peau, bavant encore sur sa victime qui hurlait de douleur. Il créa une séparation béante dans l’abdomen du chercheur, celui-ci essayant encore de s’enfuir malgré la douleur aiguë qu’il ressentait.

La bête entra sa main, puis commença à fouiller entre ses organes. Elle écarta agilement sa peau, enfonçant sa main en lui, laissant du sang abondant s’écouler sur le sol. Elle apporta lentement l’hémoglobine vers sa bouche, laissant sa langue puissante attirer son intestin dans sa bouche. Maxime assistait encore à cette scène, le regard embrouillé par la douleur. Il ne la vit pas, il ne voyait que ses propres mains essayer de remettre ses organes à sa place.

La créature ne prit pas la peine d’arrêter. Elle mangea ce dont elle avait envie, avant d’abandonner ce corps sans vie, éventré et tachant le sol de sang frais.

Marie se pencha après avoir ramassé une cuillère en plastique sous l’un des sofas du salon. Elle fronça lentement les sourcils. Il y a déjà plusieurs jours que Maxime était décédé et tous les indices de sa mort étaient flous. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle l’avait retrouvé mort, rigide et crispé par la peur. Il était allongé, une quantité abondante de sang et de peau coincé sous ses ongles. Elle sortit sur le balcon pour s’asseoir près d’un homme aux cheveux bruns, tenant l’ustensile de plastique entre ses doigts. Elle murmura quelque chose, mais l’homme ne semblait pas vraiment l’écouter.

Il était assis sur le porche, une cigarette à la main. Il regardait les arbres bouger au gré du vent, la bouche entrouverte, le visage blême. Il n’arrivait pas à analyser l’information qu’il avait reçue au téléphone le matin même. Il l’avait vu par écrit avant même de l’entendre, mais son cerveau se refusait de l’assimiler.

Pourtant, le grand titre du journal posé près des jambes d’Émile l’annonçait clairement : « Un chercheur placé en asile retrouvé mort : suicidé. »

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