L’évasion d’Arthur ou l’arrivée (spectaculaire) de Simon Leduc (dans le monde littéraire)

Compte rendu rédigé par Virginie Lessard*

L’évasion d’Arthur ou la commune d’Hochelaga, publié aux éditions Le Quartanier, est le premier roman de Simon Leduc. Donnant dans la musique punk avec son groupe La descente du coude, on reconnait bien cet univers anarchique et éclaté avec l’histoire d’Arthur, jeune garçon de dix ans qui, laissé quelque peu à lui‑même, se liera d’amitié avec les membres d’une commune dont fait également partie son père. Il s’agit d’un roman qui explore à la fois l’émergence d’un groupe anarchiste dans Hochelaga, un quartier défavorisé de Montréal, que l’aventure d’un enfant, dont la mère est en burn-out et le père excentrique et qui, se trouvant mêlé à cette commune anarchiste, sera poussé vers la vente de pilules et même vers la prison, car la police est également de la partie**.

Non seulement l’histoire en elle-même est complètement déjantée; on se retrouve dans un univers de révolution improbable qui fascine par ses aspects parfois réalistes (avec l’emploi du langage populaire), parfois carrément fantastiques (l’arrestation d’un garçon de dix ans, entre autres), mais l’écriture de Simon Leduc l’est tout autant. Bien que l’histoire, mêlant de multiples éléments qui se rejoignent dans une trame tout à fait démente, s’illustre par son originalité et son mélange de plusieurs genres romanesques, passant du comique au roman d’aventures avec des éléments du roman policier, c’est néanmoins le style d’écriture unique de Simon Leduc qui captive le lecteur et fait la force du roman. Chaque chapitre présente un point de vue différent avec des titres, à l’image de celui du livre, qui sont des résumés en eux-mêmes, ce qui engage le lecteur dans l’histoire, le poussant à vouloir en savoir plus sur la suite et découvrir de nouveaux univers. L’auteur s’adresse également aux lecteurs en aparté, ajoutant une connexion avec eux. Il nous montre aussi une maîtrise exceptionnelle de l’humour absurde qui fait rire et surprend. Bref, c’est un premier roman complet.

* Depuis trois ans, le cours du Prix littéraire des collégiens, qui tient lieu de quatrième cours de littérature obligatoire, est proposé aux étudiants du Cégep à Terrebonne à la session d’hiver. Les étudiants qui y sont inscrits s’engagent à lire les cinq romans en lice pour le Prix, à les analyser et à ultimement en débattre afin de choisir l’oeuvre la plus méritoire. Malgré la situation exceptionnelle liée à la Covid-19, les discussions ont bel et bien eu lieu et les 29 étudiants du cours ont pu poursuivre leur rôle au sein du jury. Ce compte rendu a été rédigé pour ce cours.

** La police apparaîtra dans le roman pour enquêter sur le père d’Arthur, mais elle ne fera son apparition que sous la forme de notes de bas de page, étant une trame secondaire se greffant à l’histoire principale.

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