Céder le cinéma d’auteur à la jeunesse

La place du cinéma d’auteur chez les jeunes est questionnable au Québec. Différents acteurs comme le Prix collégial du cinéma québécois tentent de consolider la survie des films de répertoire en amenant les jeunes à l’apprécier à sa juste valeur.

Par Catherine Blais (texte) et Samuel F. Turpin (vidéo) | Arts, lettres et communication

Le cinéma d’auteur est un genre cinématographique qui englobe des films dont le contenu et le style, généralement artistique ou expérimental, cherchent à être non conventionnels ou hautement symboliques. Souvent indépendant des sociétés de production, le cinéma d’auteur est traditionnellement l’opposé du cinéma de genre. Il est fréquemment présenté dans les festivals de films, mais peu connu du public de masse. Le cinéma d’auteur est bel et bien présent au Québec, mais il fleurit dans l’ignorance d’une grande partie de la population. Un futur prospère pour le cinéma doit donc être sollicité. Il est alors important de conquérir le public et surtout la jeunesse. Grands consommateurs de cinéma de genre et de téléséries, l’avenir du cinéma d’auteur dépend de ceux-ci.

Le Prix collégial du cinéma québécois se donne le mandat de faire connaître ce cinéma aux jeunes gens. Le concours couronne chaque année le coup de coeur cinématographique des étudiants du collégiales de la province. L’objectif du Prix est principalement d’avoir une fonction pédagogique envers les cégépiens. Ils sont alors, pour la plupart, exposés à une forme d’art inconnu. Richard Turmel, membre du comité organisateur du PCCQ, explique la nécessité de proposer aux jeunes québécois un cinéma de variété: « La seule demande que nous ayons en tant que comité lors de la sélection des films, c’est la diversité, dit-il. On veut des oeuvres variées qui partent dans différentes directions.» La disparité du cinéma auquel les jeunes sont soumis apporte à ceux-ci des connaissances sur la culture artistique du Québec.  

FORMER LA CINÉPHILIE

Il est important d’éduquer les jeunes à apprécier le cinéma d’auteur selon Martin Laroche, cinéaste et réalisateur québécois. Le  Prix collégial du cinéma québécois offre une opportunité pour de nombreux étudiants à travers le Québec de se familiariser avec la cinématographie de la province. Les cégépiens participants au PCCQ doivent analyser les films présentés, les critiquer et défendre leurs opinions auprès de leurs pairs. Ces activités d’enseignement et d’apprentissage offerts par le concours mènent la jeunesse québécoise d’alimenter leurs connaissances sur le cinéma d’ici et sa survivre. Avec Tadoussac, long-métrage sélectionné pour le Prix collégial du cinéma québécois cette année, M. Laroche comprend le besoin d’apprendre à critiquer le cinéma pour un jeune public. Il est crucial de provoquer des conversations sur le cinéma pour lui: « Il est souvent question de former des cinéastes, des réalisateurs, mais il est aussi important de façonner des amateurs de cinéma d’auteur québécois. »

ENSEIGNER LA CULTURE

L’appréciation de l’art passe par la connaissance de celle-ci. La jeunesse se doit d’être éduquée sur la culture de l’art québécois pour être capable de la comprendre et de l’aimer. Sans enseignement, il est impossible pour les jeunes citoyens de comprendre la valeur artistique d’un film d’auteur. Cette méconnaissance du cinéma québécois intelligent est porteuse d’un goût démesuré pour le cinéma de genre aux intentions entièrement commerciales. François Primeau, enseignant en cinéma au Cégep André Laurendeau, croit ce manque de connaissance relié à la grande renommée des films américains. « Dans l’ensemble, les jeunes ne sont pas attirés par le cinéma québécois d’après mon expérience, affirme M. Primeau. Ils sont beaucoup plus attirés par le cinéma américain. »

CONNAÎTRE SON PUBLIC

Même si la grande majorité des établissements d’enseignement collégial participe aux activités du concours , la popularité du cinéma d’auteur chez les jeunes est encore faible. Les techniques de vente utilisées pour attirer les jeunes sont peut-être à blâmer. Carlo Guillermo Proto, réalisateur du seul film documentaire de l’édition 2018 du Prix collégial, considère la publicité inappropriée à l’émancipation du cinéma d’auteur chez les jeunes. Les participants au PCCQ affichent déjà un intérêt pour le cinéma de répertoire. Le public cible devrait donc être les jeunes ne démontrant pas de curiosité envers ces films et ne participant pas au concours.  Les thèmes et sujets abordés dans une oeuvre influencent également la préférence d’un jeune pour un certain type de film. Selon M. Proto, l’appréciation des jeunes pour La résurrection d’Hassan réside dans l’aspect rebelle des protagonistes. La famille d’Hassan est projetée dans ce long-métrage sous certains angles où les jeunes peuvent s’identifier facilement: « Cette famille se doit de défendre sa marginalité, explique Carlo Guillermo Proto. Ils sont parfois réduits au silence et cet aspect de leurs vies permet aux jeunes de s’identifier à eux. » Les médias et organismes tentant de populariser le cinéma d’auteur pourraient alors améliorer l’avenir du cinéma d’auteur en ciblant davantage les jeunes non cinéphiles.

NÉGLIGÉ PAR LES JEUNES

Les attentes de la jeunesse envers le cinéma sont élevées. Ils sont habitués à l’omniprésence des films de genre à grand budget, souvent étrangers et remplis d’effets spéciaux. L’intégration d’un cinéma d’ici dans le quotidien des jeunes est un défi. Ces films québécois sont produits à plus petite échelle en réduisant ainsi leur attrait pour la jeune génération. Des films comme De père en flics et Ego Trip semblent pouvoir atteindre ce public. Cependant, ces films font partie du cinéma de genre et leur fonction première est de divertir. Nathan Jomphe, étudiant en Arts, lettres et communication au Cégep de Lanaudière à Terrebonne, trouve difficile l’accessibilité à un cinéma québécois intelligent. Selon lui, le cinéma d’auteur doit occuper une plus grande place dans l’intérêt des jeunes Québécois. Discuter de cinéma à l’aide de réflexions rigoureuses et appuyées et apprendre aux cégépiens à aimer les films d’auteur québécois semble être une bonne manière d’éduquer les jeunes sur l’originalité du cinéma de répertoire d’ici et la valeur de celui-ci. Grâce au PCCQ, les étudiants ont l’opportunité de se découvrent un intérêt pour le cinéma québécois.


            Retracer le cinéma québécois.

Les réalisateurs québécois rencontrent des obstacles importants lors de la diffusion de leurs œuvres. Les chaînes de salle de cinéma de la province présentent peu de films québécois. Ces cinémas possèdent parfois plus d’une quinzaine de salles. Les films américains ou les films appartement au genre hollywoodien sont omniprésents dans l’industrie cinématographique.

Les films québécois sont dominés par le cinéma américain dans l’industrie cinématographique. Selon Martin Laroche, réalisateur participant au Prix collégial du cinéma québécois, cette inaptitude à susciter l’engouement du public provient du cinéma d’auteur, genre primé par les cinéastes d’ici. Le cinéma d’auteur est méconnu par la population québécoise: «Le public est habitué aux codes des films hollywoodiens, explique M. Laroche. Il regarde ensuite du cinéma d’auteur et il est brusqué par la lenteur ou la structure du film.»  

Il est toutefois possible de voir une œuvre québécoise au cinéma mais le film quitte rapidement l’affiche. Martin Laroche constate l’ampleur de ce problème avec son film Tadoussac. «Mon film Tadoussac est sorti en salle, souligne M. Laroche. Il y est resté à l’affiche seulement deux semaines par exemple.» La durée de vie d’un film en salle est d’environ 1 mois.

En plus des courtes durées accordées aux projections de films québécois, ce cinéma est difficilement accessible. Un besoin grandissant de diffusion s’installe chez les réalisateurs à la suite d’une durée à l’affiche éphémère de leur film. Ces cinéastes cherchent à rentabiliser leurs films en les diffusant le plus possible.

La vente de droit de distribution à des diffuseurs est une option choisie par plusieurs réalisateurs. Ce processus est également difficile: «Il existe énormément de plateformes et il est dur de gérer la vente de droit, dit Martin Laroche. Les distributeurs comme Illico et Super Écran demandent l’exclusivité du film pendant un certain temps.» Une seule plateforme web rassemblant toute la cinématographie québécoise serait l’idéal pour permettre l’épanouissement du cinéma d’auteur au Québec.

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