Entrevue avec Marc-André Plante | Alliance Démocratique Terrebonne

Natif de Terrebonne, père de deux enfants, Marc-André Plante est au cœur des enjeux municipaux depuis plusieurs années. Directeur du Carrefour action municipale et famille, conférencier international, ambassadeur de l’UNICEF et coauteur de trois livres sur les enjeux municipaux, il fait aujourd’hui le grand saut comme candidat à la mairie de Terrebonne, vis-à-vis du maire sortant Stéphane Berthe.

Par Léo Gagnon

Parlez-nous de vous. Pourquoi vous présenter à la mairie de Terrebonne?

J’ai plusieurs motivations. D’abord, au cours des 13 dernières années, j’ai été directeur du Carrefour action municipale et famille. Pendant 13 ans, j’ai conseillé des villes du Québec pour l’élaboration des politiques pour les familles et les aînés. Au quotidien, j’ai été en contact avec les municipalités québécoises, ce qui m’a amené à découvrir ce qui se fait de bien partout au Québec.

Je me suis demandé: comment puis-je contribuer à améliorer mon milieu de vie à Terrebonne ? Le contexte politique actuel me motive également. Essentiellement, la même équipe municipale est présente depuis vingt ans et je me disais: il me semble que nous sommes mûrs pour un nouveau leadership, une nouvelle façon de voir les choses.

J’ai beaucoup voyagé dans le cadre de mes fonctions, ce qui m’a amené à voir ce qui se fait partout à l’international. Je me suis dit: je suis capable d’amener ma ville à un autre niveau. La rendre plus performante, plus belle, plus innovante…

Je veux finalement contribuer à offrir une nouvelle alternative politique à Terrebonne. J’ai créé une formation politique qui offre une vision à l’image de mes valeurs, mes idées pour l’avenir.

Selon vous, quel est le plus gros problème vécu par les Terrebonniens par rapport à leur ville ces dernières années ?

La collusion et la corruption dans les contrats publics. C’est pour moi la genèse d’un grand problème parce que comment voulez-vous mobiliser les citoyens à s’impliquer activement dans leur démocratie locale alors que nous sommes dans un système fermé où il y a des privilèges et/ou des contrats émis à des gens qui sont croches ?

Cette culture politique vient scléroser la vie démocratique de la ville. Je pense que c’est le plus gros problème. Avec une vie politique sclérosée, il n’y a pas de participation citoyenne et, ainsi, il n’y a pas de pluralité des voies, des idées.

Je crois que, dans une communauté en santé, on retrouve une diversité d’idées et d’innovations. Les gens y sont mobilisés. J’estime que ce n’est pas le contexte actuel de Terrebonne.

Vous vous présentez comme l’équipe du changement. Pourtant, vous comptez 5 candidats qui font partie du conseil municipal sortant, dont 4 qui faisaient partie de l’équipe de l’ancien maire, Jean-Marc Robitaille. Pourquoi les Terrebonniens vous feraient-ils confiance pour changer la culture politique à l’hôtel de ville, alors qu’une partie de votre équipe était présente lors des pratiques douteuses du maire Robitaille?

Dans un premier temps, en politique, il faut faire attention avant de vouloir toujours jeter le bébé avec l’eau du bain. Terrebonne a fait des belles choses dans les dernières années et il y a des gens dans le conseil municipal qui ont participé à ces belles choses. Il ne faut pas attribuer les problèmes de Terrebonne à tous ces gens.

J’ai cru bon attirer un certain nombre de conseillers sortants, car j’estimais que ces élus représentent bien des secteurs de Terrebonne. Ils ont l’appui de leurs citoyens et ils sont intègres. Pour moi, c’était bien important. Je les ai attirés, car ils partagent mes valeurs et mon désir de changement.

Ce changement est bel et bien présent dans mon équipe. Près de 75% de mes candidats sollicitent un premier mandat, c’est quand même un changement. Ce n’est pas comme si je présentais plus de 50% de candidats de la vieille gang. Il y a 12 nouvelles personnes dans notre équipe.

Pour moi, ce changement s’incarne non seulement dans l’équipe mais également dans les valeurs et le programme. On veut s’orienter beaucoup plus vers une consultation et une participation des citoyens aux changements de leur ville.

Selon votre plateforme électorale, vous modifiez la structure municipale. On parle entres autres de la création d’un bureau de l’éthique, d’un ombudsman, d’un office de consultation publique et de conseils de quartier… Vous promettez également plusieurs projets d’urbanisme, de nouveaux terrains sportifs et une meilleure offre de loisirs. Comment respecterez-vous, en parallèle, votre promesse de limiter la hausse des taxes à l’inflation et de diminuer la dette, avec tous ces projets et ces nouvelles structures ? Où trouverez-vous l’argent ?

Il faut d’abord dire que la ville a déjà une partie de son budget qui va aux nouveaux projets. Il y a des dépenses déjà prévues et récurrentes mais il y a aussi une marge pour les nouveaux projets.

Une bonne part de nos dépenses nous permettra de mieux structurer l’organisation municipale. Par exemple, le bureau de l’éthique, je ne le vois pas nécessairement comme étant une dépense, car, à terme, on estime que ce bureau va nous faire économiser beaucoup d’argent.

Si on est plus efficace dans l’administration municipale, ultimement, ça va nous coûter moins cher. Nous mettrons donc en place des mesures d’optimisation, ce qui signifie que nous ferons plus de travail avec moins de ressources.

Par exemple, prenons un col bleu qui fait le tour des poubelles de parcs chaque jour. Certaines sont pleines, d’autres à moitié vides et d’autres complètement vides. Avec des poubelles intelligentes, qui notifieraient le col bleu au moment d’être pleines, le col bleu pourrait faire seulement le tour de celles qui sont pleines. Il a donc du temps libérer pour aller faire le gazon par exemple, au lieu que la ville sous-traite le contrat de pelouse.

D’ici 4 ans, on estime qu’avec ces mesures de performance, nous serions capables d’aller chercher au minimum 1,5% d’économie budgétaire (3 millions/année).

C’est pourquoi nous nous engageons à ne pas augmenter les taxes au-dessus de l’inflation. Si nous avons de la marge de manœuvre, nous pourrons faire un gel de celles-ci la 3e ou la 4e année. Il serait cependant irresponsable de notre part de promettre un gel des taxes pour 4 ans.

Vous proposez une amélioration des services à la population. Vous êtes le seul à proposer, notamment, un élargissement des heures d’ouverture des services municipaux téléphoniques, les soirs et fins de semaine. Craignez-vous une résistance des employés et syndicats municipaux à ces changements?

Terrebonne c’est la 10e plus grande ville au Québec. Demain matin [samedi], j’ai un cas non urgent (bris dans un parc…), je n’ai d’autres choix que d’appeler le 911. Dans une ville, à un moment donné, il faut être en mesure d’avoir un service téléphonique 24h/24.

Je ne crains pas une résistance. Toutes les villes qui ont implanté de telles heures de service ont mis en place un cadre de travail. Un certain partage du travail va se faire et il existe des conventions. La planète n’arrête pas de tourner la nuit. Notre organisation du travail pour le service téléphonique non urgent sera directement inspirée de celle du 911.

Du nouveau personnel devra être embauché. Cependant, nous sommes d’avis que ça entraînera une économie, étant donné que ça diminuera le volume d’appels au 911. Ainsi, on redirige simplement les appels «non urgents».

Vous avez plusieurs projets en vue. Certains de ces projets traînent depuis longtemps, en attente du gouvernement du Québec. Comment obtiendrez-vous une collaboration du provincial pour, par exemple, le parachèvement de l’autoroute 19 alors que l’administration en place n’a pas eu de succès ces dernières années ?

Historiquement, Terrebonne n’a pas été très impliquée dans les instances régionales et nationales. Dans les cent dernières années, la Ville de Rimouski (ses maires) a présidé 3 fois l’union des municipalités du Québec. Terrebonne, jamais. Ses maires n’ont jamais été des ambassadeurs sur la scène provinciale.

Comme maire, on a un rôle d’ambassadeur. Ce rôle, c’est de revendiquer, de parler, de rencontrer des ministres, de se déplacer à Québec. Nous sommes les lobbyistes de notre milieu quand on y pense. On fait du lobby parce qu’on veut des investissements dans notre secteur.

C’est ce que je veux assumer comme rôle à titre de maire de Terrebonne. Je veux être sur toutes les tribunes, être présent et parler. Comme maire, oui il faut administrer les services municipaux, mais il faut également diriger un gouvernement de proximité, et être le porte-parole de son milieu sur toutes les tribunes.

Donc dans le dossier de l’A19, je ne veux pas signer des pétitions. Je veux jouer un rôle politique fort dans les médias (pas juste les journaux locaux) et influencer ceux qui prennent ces décisions. Je veux un leadership fort.

Vos adversaires promettent des solutions à la congestion dans certains secteurs de Terrebonne, comme le boulevard des Entreprises. Advenant votre élection, vous attaquerez-vous à ce problème ? Comment ?

Je propose la gratuité du transport en commun pour les étudiants du Cégep de Terrebonne et du CFP des Moulins. La solution à la congestion n’est pas d’ajouter des voies.

Vous voulez donc rediriger les gens vers le transport commun ?

Exactement. Si demain matin je dis aux étudiants: ça va être plus facile pour vous de vous rendre au Cégep de Terrebonne qu’à celui de Laval, ils seront bien contents de prendre l’autobus aussi. Si un étudiant de 18 ans préfère utiliser le transport collectif pour se déplacer, je contribue à ce qu’il devienne un meilleur citoyen. Je contribue à ce qu’il ne soit pas dans sa voiture, seul, dans le trafic à temps complet. Si les élèves se redirigent vers le transport en commun, la congestion devrait grandement s’améliorer dans ce secteur [boulevard des Entreprises]. Si ça n’a pas l’effet escompté, il faudra envisager d’autres solutions.

La solution n’est donc pas d’ajouter des voies. Il y en a déjà beaucoup [boulevard des Entreprises]. Combien en voulez-vous ? 6 ? 10? Ça ne va rien changer au final.  Il faut plus d’autobus, plus de services. C’est ce que ça prend.

Adopterez-vous la même stratégie pour les travailleurs qui ne sont pas des étudiants ?

Même chose pour les parcs industriels. Il faut revoir l’offre de service pour que les travailleurs puissent se diriger vers les parcs industriels en transport en commun. Ça ne sera pas la gratuité, car les travailleurs ont plus de revenus que les étudiants. Nous jouerons davantage sur la diversité et la qualité de l’offre.

Prenons l’exemple de quelqu’un de Lachenaie qui veut aller se baigner 1h. Il doit prendre 2 autobus, 1h pour l’aller, 1h pour le retour. Au final, la personne a dépensé plus de 3h de sa journée pour sa baignade. Ça commence à être long.

Nous réviserons les circuits selon les endroits où les gens veulent principalement aller. Le problème, c’est qu’on développe beaucoup les services de transport par rapport aux déplacements métropolitains. L’offre est désuète dans certains secteurs, comme La Plaine et Terrebonne-Ouest. À La Plaine, faut vraiment être mal pris pour prendre l’autobus. Ce n’est pas une vraie option.

Justement, cette gratuité, avez-vous le pouvoir de la réaliser face à la RTM ?

Non. Mais nous avons le pouvoir de proposer. Je pense que nous ne sommes pas la seule ville à proposer des meilleures offres de services pour nos étudiants.

Je peux donc faire des revendications. Ça ne veut pas dire que le jour où nous sommes élus, tout change. On peut faire des demandes. Nous n’abandonnerons pas notre devoir de faire des revendications. Terrebonne est un décideur dans la RTM. Elle peut l’influencer. Le gouvernement du Québec n’a pas intérêt à ce que la RTM ne fonctionne pas, alors il doit y avoir de la souplesse.

Cette perte de revenus provenant des étudiants du cégep et du CFP, est-ce que ça ne risque pas de mettre en péril les services de transport offerts ?

Comment pourrait-on se reprendre ? C’est sûr qu’il faudra s’asseoir. Un étudiant qui choisit de prendre son auto pour aller au cégep paie un tarif de stationnement. Il va y avoir une formule à développer avec le cégep.

À l’Université de Sherbrooke, une partie des cotisations étudiantes permet d’offrir une carte gratuite de transport collectif aux étudiants. Si tu choisis de ne pas le prendre, tu le paies quand même.

C’est ce type d’entente que nous visons, peut-être aussi avec des partenaires privés. En voyant le stationnement du cégep plein, je me dis qu’il y a du travail à faire. En valorisant le transport collectif, on envoie le message que le stationnement en or sur le bord de la porte, ce n’est pas l’option à valoriser.

Dans vos engagements environnementaux, vous vous attaquez davantage aux entreprises et aux commerces (sacs de plastique, nouvelles constructions). Comment comptez-vous inciter et aider les citoyens à adopter des habitudes écologiques ?

Les deux premières mesures incitent déjà des comportements différents des citoyens. En abolissant les sacs de plastiques chez les commerçants, les citoyens n’ont pas le choix de changer leur comportement (sacs) en faisant l’épicerie par exemple.

On veut également modifier la législation concernant les toits solaires, qui ne sont actuellement pas permis à Terrebonne.

En ce qui concerne la gestion des matières résiduelles, il y a évidemment les bacs bruns (matières compostables) qui s’en viennent. J’aimerais aussi beaucoup innover dans tout le développement des nouveaux quartiers.

J’aimerais par exemple faire l’intégration des matières résiduelles directement dans les bâtisses, ce qui ferait disparaître les bacs noir, brun et bleu. À partir de chaque bâtiment, les déchets, le recyclage et les déchets alimentaires s’en iraient de façon automatisée à l’endroit désigné.

On fait donc disparaître les camions qui passent chaque semaine, qui coûtent très cher au niveau monétaire et environnemental. L’avenir est là-dedans.

Que voudriez-vous dire aux électeurs de Terrebonne ? Pourquoi ceux-ci voteraient pour votre équipe et pas une autre ?

Je veux parler de mon équipe. Je ne fais pas de la politique partisane. Je crois que c’est important, car quand ton argument c’est de dire: votez pour moi, car les autres ne sont pas bons, pour moi ce n’est pas un argument.

Je crois qu’on amène une certaine fraîcheur. On amène une vision décentralisée de la gestion municipale. On amène une participation réelle des citoyens et un renforcement du rôle des conseillers municipaux dans les décisions. Ce qu’on veut amener, c’est un changement dans la culture politique, plus ouverte vers les citoyens.

Entrevue avec Stéphane Berthe (maire sortant), Générations Terrebonne

Entrevue avec Valérie Quevillon, Nouvel Élan Terrebonne

Comparatif électoral – Terrebonne 2017

Photo: Marc-André Plante, candidat à la mairie pour le parti Alliance démocratique Terrebonne. Source.

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