Les véhicules polluants gagnent en popularité

L’écologie peut prendre la forme de divers comportements individuels, comme le compostage, mais quelle est la situation en matière de transport? En 2015, pour une première fois, il s’est vendu plus de camions légers que de voitures au Québec. Sommes-nous réellement prêts à modifier nos choix de véhicules pour l’environnement?

Par Léo Gagnon

232 898, c’est le nombre de camions légers (VUS, fourgonnettes) neufs achetés au Québec en 2015, comparativement à 218 456 voitures. Ainsi, au terme de l’année 2015, les camions légers représentaient 36% du parc automobile au Québec, comparativement à 30% en 2010. Pour leur part, les véhicules électriques (incluant les hybrides) ne représentaient que 0,2% de la flotte de véhicules au Québec.

Fait intéressant: les Québécois concernés sont prêts à mettre énormément d’argent sur leur camion léger. En plus du coût plus élevé d’essence par rapport à une petite voiture, le prix d’achat moyen de cette catégorie de véhicules neufs était de 40 000$, toujours en 2015. Il y a ainsi incohérence totale avec l’argument qui présente que le mode de vie écologique coûte plus cher. À titre de comparaison, la Nissan Leaf, entièrement électrique (160 km d’autonomie), coûtait au maximum 38 000$ en 2015.

POURQUOI UN GROS VÉHICULE ?

Vient donc un questionnement important puisqu’il semble extrêmement populaire de se promener en gros véhicule (surtout des VUS), pourquoi l’est-ce tant? Pourquoi choisir ce véhicule plutôt qu’un véhicule électrique, ou même un petit véhicule à essence, moins cher à l’achat et à l’utilisation?

La première raison qui nous vient en tête, de par la nature de ces véhicules, c’est le besoin grandissant d’espace pour les familles et pour leurs déplacements. Les véhicules utilitaires offrent, pour beaucoup, deux places supplémentaires par rapport à une voiture (7 au lieu de 5). Or, en 2011, le ménage moyen au Québec ne comptait que 2,3 personnes. La taille des familles aurait-elle tant augmenté en 4 ans au point d’avoir besoin de plus de 5 places dans un véhicule ? Il y a très peu de chances.

Hormis la taille des familles, les parents se déplacent très rarement avec la famille au complet, voire souvent seuls (pour aller au travail, par exemple). Le taux d’occupation des véhicules au Canada en 2008 vient d’ailleurs confirmer ce fait. En 2008, 1,62 personne empruntait un véhicule pour un déplacement en moyenne. Même 7 ans plus tard, il est évident que nous sommes bien loin d’occuper les 7 places.

Si ce n’est pas pour la taille du véhicule, pourquoi en acheter un alors? Est-ce une question d’image? Difficile à mesurer, mais du côté des camionnettes, on tente clairement de coller une image de rebelle aux véhicules. À entendre les publicités de RAM par exemple, si un homme est fort et courageux, il se promènera dans leur gros véhicule. Entenderiez-vous la même grosse voix de mâle alpha pour une annonce de Hyundai Accent ?

Finalement, y a-t-il un aspect de sécurité qui expliquerait cette popularité du segment? Y a-t-il une raison de se sentir plus en sécurité dans un camion léger ? L’IIHS  (Insurance Institute for Highway Safety) a effectivement conclu que les VUS sont les véhicules les plus sécuritaires, ayant le taux de morts le plus bas. Cependant, la différence avec les voitures étant de 24 morts de moins par millions de véhicules (28 contre 52 pour les voitures), est-ce que ça vaut la peine de polluer davantage la planète, alors que les changements climatiques, eux, pourraient menacer des millions de vies dans les prochaines années?

L’image et le sentiment de sécurité ressortent vraisemblablement comme des raisons de s’intéresser aux plus gros véhicules. Est-ce que ces deux raisons en valent, monétairement, un coût plus élevé à l’achat et à l’utilisation et, environnementalement, une émission plus élevée de GES? Il semblerait que de nombreux acheteurs de véhicules neufs en arrivent à cette conclusion.

LA PART DU TRANSPORT EN ÉCOLOGIE

En terminant, rappelons que le transport est responsable de 25% des émissions de CO2 dans le monde, gaz nocif causant l’effet de serre et le réchauffement climatique. Au Québec, 47% du pétrole consommé est utilisé en essence (2013). Le constat de la popularité grandissante des véhicules polluants est fait alors que, depuis 2013, le gouvernement québécois investit massivement dans l’électrification des transports.

Les gains environnementaux potentiels sont donc bien grands dans le secteur du transport. Malheureusement, au Québec, non seulement la popularité des véhicules polluants ne diminue pas, mais, en plus, elle augmente.

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