La «culture du viol» existe-t-elle vraiment?

Le texte publié sur cette page le 10 mai constituait une version abrégée d’un texte trois fois plus long. Après réflexion, l’auteur, Ludovik Roy, souhaite que paraisse plutôt la version originale puisqu’il considère qu’elle reflète mieux sa pensée. Voici ce texte.

J’écris cet article à la suite d’une conférence sur la culture du viol à laquelle j’ai assisté au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne (CRLT). Deux jeunes femmes sont venues présenter une conférence à la centaine d’étudiants présents dans la salle. Je n’avais jamais réellement entendu parler de la culture du viol. Cette dernière se définit comme étant une culture sous laquelle la population mettrait le blâme sur la victime plutôt que sur l’agresseur et qui aurait des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol.

Par Ludovik Roy

Avant de lire l’article, je vous invite à réfléchir si vous pensez que les Québécois sont un peuple qui tente de tolérer et d’excuser le viol ? C’est donc cette conférence qui m’a motivé à faire mes recherches et à me forger une tête sur le sujet. Ce qui fait que j’affirme dorénavant que je ne conçois pas que le peuple québécois, dans sa majorité, adhère à la culture du viol. Je tiens à préciser que je ne ferme pas les yeux sur les réalités entourant les agressions sexuelles. Autrement dit, ce n’est pas au phénomène du viol que je ne crois pas, c’est en la culture du viol. Dans cet article, vous lirez pourquoi je pense que cette culture n’est pas une réalité, pourquoi je considère que le terme culture du viol est mal choisi et pourquoi je trouve que ses défenseurs ont tendance à dégager les débats des buts premiers du phénomène.

LE TERME «CULTURE DU VIOL

D’un côté, il est pertinent de savoir que depuis 1983, le Code criminel ne parle plus de viols, mais d’agressions sexuelles. Pourtant, on appelle tout de même ça la «Culture du Viol». De plus, les défenseurs de cette «culture» utilisent le terme viol pour nommer leur phénomène alors qu’ils utilisent les statistiques sur les agressions sexuelles, qui sont bien imposantes, pour défendre leur cause. Il est a noté qu’il y a une forte différence entre un viol et une agression sexuelle. Il y a donc une incohérence entre le titre donné à la cause et la cause elle-même. De l’autre côté, la définition de cette culture se lit comme suit: «La culture du viol est un concept établissant des liens entre le viol (ainsi que d’autres violences sexuelles) et la culture de la société où ces faits ont lieu, et dans laquelle prévalent des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol.» En résumé, la définition de la culture du viol est la banalisation du viol et la victimisation de la victime plutôt que de l’agresseur. Je trouve donc que le titre et la définition sont eux aussi incohérents. Le nouveau titre donné à leur cause devrait plutôt ressembler à la culture de la banalisation des agressions sexuelles (CBAS). Bref, le nom donné à leur cause vient créer un débat médiatique quant à l’origine du nom plutôt que sur la cause elle-même. Le titre «Culture du viol» est donc le premier facteur nuisible à la défense de cette culture.

Ensuite, lorsqu’on parle de la définition du mot «culture», on parle d’«une manière de penser, d’agir et de sentir qui est partagée et apprise par un groupe d’individus et qui constitue un schème à partir duquel ces individus appréhendent leur environnement», selon Sébastien Veillette, sociologue et enseignant de sociologie au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne. Dans la définition, on parle «d’un groupe d’individus». Et, il serait vrai de dire qu’au Québec certains individus appréhendent leur environnement en banalisant le viol et en victimisant la victime plutôt que l’agresseur, mais de dire que le Québec, dans sa grande majorité, pense et agit de la sorte, je ne suis pas du tout d’accord.

On peut dire que la culture du viol est autant controversée, car elle mélange plusieurs débats qui n’entrent pas dans la définition de la culture du viol. Présentement, les femmes luttant pour l’égalité des sexes utilisent le terme culture du viol, les femmes radicales qui veulent privilégier la femme aux dépens de l’image de l’homme utilisent le terme culture du viol, d’autres personnes voulant débattre qu’il y a trop de viols au Québec utilisent le mot culture du viol, et finalement, les personnes qui veulent défendent la banalisation des agressions sexuelles et la victimisation de la victime utilisent le mot culture du viol. Bref, ce grand mélange de débats à l’intérieur du même terme, vient éloigner et nuire au vrai débat de cette culture. Cette culture pourrait avoir son sens si on changeait son nom et qu’on y définissait une lutte claire. Bref, c’est sans aucun doute que j’affirme que l’erreur première de la culture du viol est son nom, qui éloigne gravement le but premier de cette cause.

STATISTIQUES SUR LA CULTURE DU VIOL

À la suite de mes recherches sur les agressions sexuelles, je suis resté surpris devant cette statistique: seulement une victime sur 10 dénonce son agression. Cette statistique est compréhensible étant donné le choc psychologique pouvant suivre une agression sexuelle, mais reste qu’une plus grande dénonciation de ces actes inacceptables serait tout de même le principal pas à faire pour aller de l’avant. À la suite de la dénonciation prononcée par Nathalie Simard en 2005 à l’encontre de Guy Cloutier, une grande vague de plaintes d’agressions sexuelles furent rapportées à la police. Les agressions pouvaient être récentes ou bien dater de plusieurs années, les citoyens québécois ont ressenti le besoin de parler des agressions sexuelles dont ils ont été victimes. Je considère qu’il serait donc vrai d’affirmer que plus on dénonce et plus les autres personnes dénonceront. D’ailleurs, les années 2005 et 2006 furent les années comportant le plus de plaintes déposées à la police au sujet d’infractions sexuelles au Québec. Je pense donc que la dénonciation des agressions sexuelles, récentes et antérieures, aurait pour impact d’augmenter le taux de dénonciation et ainsi effrayer les agresseurs afin de faire diminuer le taux d’agressions sexuelles au Québec. Notons que depuis 2005, le taux d’agressions sexuelles est en baisse.

On ne peut pas nier qu’il y a des agressions sexuelles au Québec, et que 3500 agressions par année est un nombre impressionnant. Cependant, je compte seulement rajouter que ces statistiques ne sont pas nécessairement représentatives de la réalité québécoise puisqu’elles sont biaisées par certains aspects. Tout d’abord, le ministère de la Sécurité publique témoigne qu’en «2013, il convient de noter que 80,2 % (4 348) des victimes ont signalé aux corps de police du Québec des infractions sexuelles qui auraient été commises au cours de l’année d’enregistrement. En revanche, 19,8 % (1 071) des victimes auraient dénoncé, en 2013, des infractions sexuelles qui auraient été commises plus d’un an avant l’année d’enregistrement, dont 30,1 % (322) des victimes auraient été agressées il y a plus de 20 ans.»  Cela veut dire que les statistiques qu’on reçoit sont légèrement faussées puisqu’environ 20% des agressions sexuelles mentionnées dans les rapports annuels sur les infractions sexuelles ne datent pas de la même année. Ce qui veut dire que lorsqu’on affirme qu’environ 3500 agressions sexuelles ont eu lieu au Québec en 2014, cela signifie que c’est en réalité 2800 agressions qui se sont réellement déroulées cette année-là. Cette réalité n’est pas majeure, mais c’est tout de même à prendre en considération lorsqu’on veut comprendre la réalité des agressions sexuelles au Québec. De surcroît, il y a de nos jours plusieurs mécanismes de dénonciation en ligne tels que Cyberaide.ca qui pourraient également expliquer le plus grand taux de dénonciation et donc expliquer le si grand nombre d’agressions sexuelles. Il est donc plus facile aujourd’hui pour d’anciennes victimes d’agressions sexuelles de dénoncer ce qu’elles ont vécu.

De surcroît, la définition du terme «agression sexuelle» fait mention «d’un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou, dans certains cas, […] par une manipulation affective ou par du chantage.» Donc, une agression sexuelle peut être sans contact physique, cela veut donc dire que si un homme regardait le décolleté d’une femme sans son consentement et que cela déplaisait à celle-ci, elle pourrait donc dénoncer le geste de l’homme comme était une agression sexuelle. Je suis loin de dire que cela devrait être toléré, car évidemment, un homme doit respect à la femme. J’essaie seulement de faire comprendre que lorsqu’on lit dans les articles qu’il y a eu 3500 agressions sexuelles au Québec en 2016, cela veut donc dire que ça peut aussi inclure des agressions sexuelles mineures telles qu’un homme qui zyeuterait le décolleté d’une femme. C’est pourquoi je répète que les statistiques sur les agressions sexuelles sont à prendre avec du recul, car plusieurs personnes, comme c’est deux conférencières qui sont venues nous faire la morale au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, se servent de ces statistiques pour affirmer que le Québec est un endroit dangereux pour la sécurité de la femme alors que c’est totalement faux.

De plus, un autre aspect joue un rôle majeur dans la compréhension des statistiques sur les agressions sexuelles. Pour l’expliquer, je dois mentionner que les citoyens qui vivent dans les régions au nord du Québec ne vivent pas dans les mêmes réalités que les citoyens du sud québécois. Je suis loin de dire que les gens vivants dans les régions du Nord ne sont pas québécois, cependant, il y a tout de même une distinction à faire entre leur réalité et celle des alentours de grandes villes québécoises telles que Montréal, Québec et Gatineau. Comme de fait, 75% des femmes autochtones ont été victimes d’une agression sexuelle au courant de leur vie alors que c’est 33% pour les femmes du Québec entier. De plus, notons que «pour une seconde année consécutive, la Côte-Nord est la région qui affiche le plus haut taux d’infractions sexuelles (117). Viennent ensuite l’Abitibi‑Témiscamingue (100,1) et la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (83,3).» Les régions du nord ont donc un plus grand taux d’agressions que le reste du Québec et ce phénomène vient faire augmenter les statistiques du nombre d’agressions sexuelles dénoncées au Québec. C’est pourquoi j’affirme que les régions plus au nord du Québec et la région de Montréal n’affichent pas les mêmes réalités et donc que nous devons regarder les statistiques sur les agressions sexuelles en étant conscients de ces aspects.

QUAND ON SE COMPARE, ON SE CONSOLE

Les défenseurs de la culture affirment que la femme québécoise se sent en danger. Qu’elle doit se promener avec ses clés entre ses doigts lorsqu’elle marche seule la nuit, ou bien, qu’elle a peur de prendre le taxi seule au cas où le chauffeur tenterait de l’agresser. Il est vrai qu’il y a un risque d’agressions sexuelles pour la femme québécoise, tout comme partout sur la planète. Cependant, le Québec compte parmi les taux d’agressions sexuelles les plus bas au monde et c’est pourquoi je conçois que la femme québécoise ne vit pas dans un environnement dangereux. J’ai fait des recherches afin de savoir si la province de Québec, plus précisément la région de Montréal, était un réel danger pour les femmes. Je vous laisse les résultats ici :

  • Le Canada est au 3e rang des pays les plus sécuritaires pour la femme, selon une recherche effectuée par le New World Wealth. (Rappel : Il y a 197 pays reconnus par l’ONU dans le monde en 2017, ce qui place le Canada 3e sur 197.)
  • Le Québec est la 3e province avec le plus bas taux d’agressions sexuelles au Canada, selon Statistiques Canada.
  • Montréal est la 6e ville au classement des meilleures villes canadiennes pour les femmes, selon Mme McInturff qui a expliqué avoir examiné l’écart entre les hommes et les femmes pour ce qui est de l’accès à la sécurité économique, la sécurité personnelle, l’éducation, la santé et les positions de leadership dans les grandes villes canadiennes. (La ville de Québec est au 4e)
  • Alors que les États-Unis sont au premier rang pour le nombre d’agressions sexuelles au pays avec 85 000 agressions par année, le Canada ne fait pas partie des 15 pays possédant le plus haut nombre d’agressions sexuelles. Le Québec compte 3500 agressions sexuelles dénoncées par année.
  • Le taux d’agressions sexuelles au Canada a diminué de 16% depuis 1998.

À la suite de ces résultats, pouvons-nous vraiment affirmer que le Québec est une zone de danger pour la femme ? Au contraire, le Québec est un endroit très sécuritaire. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que le Québec a accueilli plus de 28 000 femmes immigrantes de la catégorie réfugiée et 242 000 femmes immigrantes au total depuis 2004. Si ces femmes ont quitté leur pays pour venir s’installer dans notre province, c’est qu’elles ont confiance en notre respect pour la femme.

De plus, pour les sceptiques, telles que les deux conférencières, qui croient que le gouvernement québécois ne fait rien pour combattre contre la violence envers les femmes, cliquez ICI pour lire le plan d’action gouvernementale de 2016 à 2021 afin de contrer les agressions sexuelles :

DIFFÉRENCE HOMMES-FEMMES

On entend souvent que le manque d’égalité entre l’homme et la femme est l’une des causes premières des agressions sexuelles. C’est pourquoi un grand nombre de féministes se sont levées afin de combattre la culture du viol. Cependant, de nombreuses féministes ne font pas la guerre comme il le faut. Elles ont tendance à lutter pour l’avantage de la femme plutôt que l’égalité elle-même. Par exemple, une vidéo publicitaire réalisée par Always qui lutte contre le terme #LikeAGirl, explique que les femmes sont victimes d’inégalités. Le vidéo tente à démontrer que la société rabaisse la femme lorsqu’elle lui indique qu’elle fait quelque chose «comme une fille». Cependant, cette vidéo néglige totalement que certains hommes peuvent être victimes du #LikeABoy. Par exemple, lorsqu’ils écrivent «avec leur écriture de garçons» ou qu’ils cherchent avec leurs yeux d’hommes». Quant à moi, une vraie lutte pour l’égalité des sexes se fait en défendant les deux côtés et non uniquement en valorisant l’un des deux sexes. C’est pourquoi je crois que certaines féministes ont tendance à involontairement créer une séparation entre les deux sexes plutôt qu’un rapprochement.

Je tiens à affirmer que je n’ai rien contre les féminismes. Au contraire, je considère que le féminisme est une cause importante et que l’égalité des sexes devrait être une priorité québécoise. Plusieurs personnes s’élèvent au Québec afin de prendre parole pour la défense de la femme qui encore à ce jour, n’a pas atteint une pleine égalité au Québec. Des personnalités connues comme Koriass prennent part à des débats intelligents afin de lutter pour cette égalité primordiale. Cependant, il est important pour moi que cette lutte se fasse de la bonne manière. Ce combat doit se faire dans l’égalité pure et dans le respect le plus total des deux sexes. Quant à moi, trop de féministes radicales nuisent à leur cause en portant des propos dénigrants envers la gent masculine. L’égalité se gagne par l’égalité.

D’ailleurs, selon les conférencières : «La société s’attend à ce que les femmes doivent avoir des grosses fesses, des gros seins et être minces.» Toutefois, elles ajoutent que «c’est difficile pour la femme et pour son estime, car les femmes ne naissent pas toutes ainsi.» Jusque que là elles n’ont pas tort, cependant elles rajoutent que «la société s’attend à ce qu’un homme soit fort, musclé et viril» et que ceci «est beaucoup plus valorisant que l’image souhaitée de la femme.» Premièrement, pense-t-elle que tous les hommes naissent forts, musclés et virils ? Ne serait-elle pas en train de créer elle-même un sexisme et une séparation homme vs femme ? Deuxièmement, en quoi être fort, musclé et viril est plus valorisant qu’avoir des grosses fesses, des gros seins et être mince ? Je ne sais pas qui à fait l’échelle de la valorisation, mais je ne conçois pas que les muscles soient plus valorisants qu’être mince, ou que d’avoir des gros seins.

Je le rappelle, je suis loin d’être contre les féministes, mais je crois seulement que si les féministes veulent lutter pour l’égalité des sexes, elles doivent lutter pour l’égalité pure et non pour l’avantage de la femme et la destruction de l’image de l’homme. Je vous l’assure, suites à cette conférence j’avais l’impression que selon les jeunes femmes, tous les hommes étaient des agresseurs ou de fiers défendant des agresseurs.

ÉGALISTE

En conclusion, je tiens à répéter que je ne dis pas que le viol n’existe pas. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’agressions sexuelles au Québec. Je ne dis pas que l’homme n‘est pas le principal coupable des agressions à caractère sexuel. Je dis uniquement qu’il n’est pas vrai que le peuple québécois, dans sa majorité, tolère et banalise le viol. Je me refuse de croire que le peuple québécois est un peuple assez stupide pour tolérer et banaliser une action aussi grave qu’une agression sexuelle. Cependant, il est vrai de dire que le Québec a encore des changements à apporter pour faire diminuer le nombre d’agressions sexuelles par année. Nous avons beau être dans l’une des régions du monde où la femme est le plus en sécurité, 3500 agressions sexuelles par année c’est 3500 agressions sexuelles de trop. De plus, le Québec a son bout de chemin à faire pour atteindre une parfaite égalité des sexes, mais ce n’est certainement pas eb dégradant l’un des deux sexes que nous y arriverons. Je dis non à la culture du viol et oui à une vraie égalité des sexes. Je ne suis pas féministe, je ne suis pas hommoniste, je suis égaliste !

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