La brigade Procrastination (chapitre 1)

Voici l’introduction de la brigade Procrastination, une équipe de protagonistes qui n’ont clairement pas de vocations claires. C’est comme si nous vivions dans une ère sans héros ou peut-être dans une ère qu’avec des héros? Héros ou zéros, l’important, c’est d’essayer, n’est-ce pas… cher prix de consolation?

Olivier Benoit

Ma chaise de bureau confortablement ajustée, mon bureau bien organisé et le regard fixé, je remplissais des tableaux de données pour la compagnie. Je compilais des données brutes: ça pouvait être long longtemps.

Vous savez le sentiment que vous avez lorsque votre esprit est mort et que votre corps, telle une machine, fonctionne au commandement des piochements de doigts sur le clavier. Profiter d’un silence momentané, c’était quasiment espérer l’inespérable. La quiétude d’une paix, la solitude d’une mort.

L’ironie dans tout cela, c’est que je suis un homme paisible. Un homme qui n’attend qu’une pause pour se retirer du vacarme incessant des bureaucrates. J’en suis un, certes. C’est bien le malheur là-dedans. Je vais être honnête, j’ai  choisi ce travail-là uniquement pour la rémunération: je me foutais un peu, à l’époque, de la passion. Vous savez, la raison a parfois tort. Être pragmatique, ça ne marche pas tout le temps et la preuve, c’est moi. Je calcule tout et pourtant je n’arrive jamais à trouver la somme de ma vie.

Bref, Rébéka, ma voisine de bureau, était toujours à l’aise. Comme si elle était au-dessus de ses affaires, comme si la vie n’était aucunement un défi pour elle. Elle était calme, souriante et tellement jolie. Si on m’avait dit qu’une fille surnommée Bibi était aussi jolie, je n’aurais probablement pas cru ça. Or, non seulement elle était d’une beauté époustouflante, mais elle était brillante, très brillante. Elle connaissait ses chiffres et savait les manipuler, comme les hommes, j’imagine. Elle avait une facilité avec le social et la gestion: une femme forte. C’était aussi ma seule amie au bureau, bien que Scotty, le technicien informatique, jasait trop avec moi dans ses temps libres (les trois quart du temps en fait). Les trois, on nous surnommait la brigade Procrastination.

Cette journée-là, Bibi était absente. L’air était lourd et froid. Scotty, pour une fois, faisait son boulot: j’étais seul à procrastiner devant mon écran. Je regardais des vidéos de gens qui se cassaient les jambes, l’imbécillité humaine me désespérait et me faisait rire à la fois. L’air était vraiment lourd. Colleen, la secrétaire du boss, me demandait au bureau de ce dernier. J’imagine que ça allait être mon jour de chance; un jour où plus jamais j’allais être derrière un bureau.

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