Le cinéma québécois analysé

Le professeur en cinéma au Cégep de Saint-Jérôme Philippe Lemieux présente les défis du cinéma québécois qu’il regarde évoluer depuis plus d’une vingtaine d’années.

Par Tommy Bédard | Arts, lettres et communication

Quel est le plus gros problème du cinéma québécois?
Les problèmes du cinéma québécois sont les mêmes que tous les cinémas nationaux, c’est-à-dire le financement. C’est principalement le gouvernement, par l’entremise d’institutions telles que Téléfilm Canada ou l’ONF, qui finance le cinéma et donc, il n’y a pas beaucoup de moyens. Le cinéma américain commercial a de grands studios financés par des institutions privées et indépendantes. Ils ont donc plus de moyens. L’autre problème est aussi le public. Nous sommes un petit public, donc ça demeure un petit cinéma. Plus le cinéma québécois va réaliser des films commerciaux, des films que les gens ont envie d’aller voir, mieux ça va aller.  

Quelles seraient les solutions idéales pour aider l’industrie du cinéma québécois?
Il faut que les gens aillent voir les films, et pour que les gens aillent voir les films il faut faire des films que les gens ont envie de voir. Il faut arrêter de se dire qu’on n’a pas les moyens parce que ce n’est pas toujours une question de moyen. Certains des meilleurs films dans l’histoire du cinéma ont été faits dans des conditions exécrables. Il faut un bon scénario, une belle histoire et surtout les effets visuels. Avec les technologies numériques, ce n’est plus une question de moyens, mais une question de scénario. Il faudrait que les institutions qui financent les films cessent d’insister sur la présence de la culture québécoise dans le scénario et pensent plus au spectateur. À partir de là, on va avoir un cinéma commercial qui fonctionne bien et que les gens vont aller voir.


Selon vous, quel est l’avenir du cinéma québécois pour les prochaines années?
L’avenir, ce sont les jeunes réalisateurs, les gens qui vont sortir des écoles de cinéma et qui vont essayer de changer les choses. Le vrai problème, c’est que lorsqu’un réalisateur québécois fait un très bon film qui se fait remarquer à l’extérieur, dans des festivals, il quitte. Denis Villeneuve, qui a fait de très bons films, est allé aux États-Unis et vient de finir de tourner Blade Runner 2. Il a aussi annoncé qu’il allait tourner Doomed. Jean-Marc Vallée et d’autres réalisateurs partent et vont ailleurs. Si tout notre talent quitte et s’exode à l’extérieur, il faut constamment le renouveler. L’avenir, dans la vie comme au cinéma, ce sont les jeunes.


Quelles sont les caractéristiques du cinéma québécois qui le rendent unique?
Les caractéristiques uniques du cinéma québécois sont les mêmes que tous les cinémas nationaux : ça parle de nous. Par exemple, Bon cop Bad cop se comprend bien au Québec parce qu’il y a un policier anglophone de l’Ontario et un policier francophone du Québec ayant chacun des caractéristiques culturelles très claires qui rendent le film intéressant; les deux types se rencontrent et doivent travailler ensemble. Ce n’est drôle que si on est Québécois, que si on comprend les références qui sont faites et qu’on comprend tout l’historique du Québec. Le cinéma culturel, tous les pays en font.C’est à travers ces films-là qu’on voit ce qui distingue cette population d’une autre.


Que pouvez-vous nous dire sur la « crise » dans le cinéma québécois?
Il n’y a pas de crise dans le cinéma québécois dans la mesure où il y a toujours eu crise et il y aura toujours crise. La définition du mot « crise » c’est d’être dans un état autre que notre état normal. Si notre état normal, c’est de toujours être en état de crise, alors on n’est pas en crise. On est tout simplement dans l’état dans lequel on est. Il n’y a pas de crise, ni dans le cinéma québécois, ni dans le cinéma en général. Il y a une évolution normale du cinéma, et ça, depuis sa naissance.

 

Est-ce que le cinéma québécois pourrait survivre sans l’aide d’associations de financement, telle que la SODEC?

C’est impossible pour le cinéma québécois de survivre sans l’aide de la SODEC et des institutions parce que nous n’avons simplement pas assez d’argent. On a besoin du financement des institutions. On a besoin de taxer les gens pour réaliser des films qu’ils ne verront jamais.

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