Un long voyage entre le roman et l’écran

Le chargé de projets au contenu du cinéma et des productions télévisuelles à la SODEC, Laurent Gagliardi, joue un rôle important dans l’univers de l’adaptation cinématographique au Québec. Ayant lui-même la tâche d’évaluer et d’analyser les demandes des producteurs, il connaît bien le processus qui permet à des romans de voyager jusqu’aux salles de cinéma.

Par Audrey Lemire | Arts, lettres et communication

Quelle est la marche à suivre pour un scénariste qui souhaite adapter un roman au grand écran?

La première étape pour un scénariste est d’entrer en contact avec un producteur qui achète les droits d’adaptation et qui dépose le projet dans les programmes qui sont offerts en scénarisation. À partir de ça, nous, l’équipe en scénarisation, faisons une évaluation de l’œuvre selon sa pertinence, ses qualités, mais surtout son originalité : qu’est-ce que le scénariste a à nous dire de différent et comment, éventuellement, va-t-il raconter cette histoire? Ensuite, avec l’équipe, nous faisons une analyse du projet et, suite à cette analyse, nous décidons si on investit ou pas en scénarisation.

Adaptation, Cinéma, Littérature
La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) est à l’origine du financement de nombreux projets d’adaptations cinématographiques au Québec.

De quelle façon un scénariste pense-t-il l’adaptation d’une oeuvre littéraire?

Premièrement, il faut vraiment que le roman lui parle à plusieurs niveaux. Une fois que l’œuvre le fascine, je crois qu’il doit dégager ce qui est cinématographique. Tout d’abord, ce sont les personnages : il doit faire ressortir ce qui les définit. Ensuite, c’est l’action, le récit. Comment va-t-il nous raconter cette histoire visuellement? C’est sûr que, dans un roman, il y a des espaces de réflexion, des idées, plusieurs éléments qui ne sont pas nécessairement cinématographiques. Il doit alors extirper du texte ce qui s’adapte. D’autre part, est-ce qu’il faut tout adapter? Ça dépend. On peut adapter le roman en entier ou encore un seul morceau central du récit. Ensuite, comment organiser ça en terme de cinéma, tout en respectant le fond même du roman? S’il y a plusieurs thèmes, il faut faire une sélection. Puis, il faut rédiger le scénario en gardant l’idée principale du roman et étayer son récit pour qu’on ait un début, un milieu et une fin. Par dessus tout, la rencontre doit aller vers le cinéma et pas en opposition à celui-ci.

Sur quels critères de sélection vous basez-vous lorsque vous évaluez les demandes de financement pour la production de scénarios?

Que ce soit ici ou dans d’autres institutions, les critères de sélection sont toujours les mêmes: l’originalité de la proposition, la structure du scénario, les personnages et aussi, forcément, la vision que le réalisateur ou la réalisatrice nous propose.

Croyez-vous qu’il est avantageux pour le cinéma québécois d’investir dans de tels projets d’adaptation littéraire d’un point de vue économique?
C’est toujours difficile de répondre à une question comme ça à l’avance. En fait, il y a des adaptations qui ont eu un immense succès. On parle évidemment d’œuvres telles que Incendies, un film magnifique qui est un succès international. Cependant, d’autres adaptations ont eu moins de succès. C’est dur à prévoir car, entre le lectorat et le public de cinéma, il y a deux mondes: ce n’est pas assuré qu’un public qui lit va nécessairement aller voir le film. On a même vu des romans très populaires comme Inferno de Dan Brown qui ont été des échecs au box-office. Il est toujours difficile de prévoir ce que vaudra, en terme économique, l’adaptation d’un roman, aussi populaire qu’il soit.

Devrait-on s’en tenir à l’adaptation de romans de la culture québécoise traditionnelle?

Il y a eu des romans québécois comme Le Survenant et Un homme et son péché, qui faisaient partie de la littérature classique québécoise et dont les adaptations ont su trouver un public. Faudrait-il alors retourner aux romans traditionnels ou travailler à partir d’œuvres qui sont soi-disant populaires ou qui ont eu un accueil critique? À mon avis, il n’y a aucune loi, ni économique, ni esthétique, pour imposer un roman sur un autre. Je pense que c’est la pulsion qu’ont le producteur et le scénariste qui importe avant tout. La réaction du public est toujours imprévisible.

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