Le cinéma québécois dans l’ombre

Philippe Lemieux est enseignant de cinéma et chroniqueur à l’émission Debout les comiques à CKOI. Depuis plus de dix ans, il transmet sa passion à ses élèves. Il s’intéresse beaucoup au cinéma d’ici.

Par Julie Lebrun | Arts, lettres et communication

Comment décririez-vous la situation actuelle du cinéma québécois?
Elle est très bonne en fait, contrairement à l’impression qu’on peut souvent avoir. Je pense que le cinéma québécois se porte mieux maintenant qu’il s’est porté dans toute son histoire. Les gens, encore aujourd’hui, vont voir du cinéma américain. On a toutefois eu des succès depuis une dizaine d’années, comme Bon Cop Bad Cop dont la suite va sortir sous peu. Les films mettant en vedette Patrick Huard et les comédies sont souvent populaires. Avec Xavier Dolan, on avait pas eu un représentant du cinéma québécois qui avait eu autant de popularité dans les festivals, notamment à Cannes et ailleurs.

Gabarit photo
Philippe Lemieux enseigne le cinéma aux jeunes depuis plus de dix ans.

Quels sont les problèmes majeurs du cinéma québécois?
Ce sont les mêmes que les cinémas nationaux, c’est à dire, le financement. Le gros problème du cinéma québécois, c’est que c’est le gouvernement principalement par l’entremise, d’institutions comme Téléfilm Canada ou l’ONF qui financent le cinéma. Donc, il n’y a pas beaucoup de moyens. Alors que le cinéma américain est commercial, avec des gros studios, ce sont des institutions privées et indépendantes qui financent le cinéma. Ils ont donc plus de moyens. L’autre problème, c’est le public. On est un petit public, donc ça demeure un petit cinéma. Il faut que les gens aillent voir les films pour que ça génère du revenu. Il ne faut pas oublier une chose, c’est que le cinéma est du divertissement. M. Guzzo est un homme d’affaires. Ce n’est pas quelqu’un qui est là pour simplement encourager l’art. Il est là pour faire de l’argent. Il veut que les gens s’assoient dans ses chaises et achètent du pop corn. Pour ça, il faut faire des films que les gens ont envie de voir.

Selon vous, quelles seraient les solutions idéales pour aider l’industrie du cinéma québécois?
Il n’y a pas de solution miracle. Il faut que les gens aillent voir des films. Puis pour que les gens aillent voir des films, il faut faire des films que les gens ont envie de voir. Il faut arrêter de se dire qu’on a pas les moyens, parce que c’est pas toujours une question de moyens. Certains des meilleurs films de l’histoire du cinéma ont été faits dans des conditions exécrables. Il faut avoir une bonne histoire et surtout, les effets visuels. Avec les technologies numériques, je pense que ce n’est plus tellement une question de moyens, mais une question de scénario.

Selon vous, quel est l’avenir du cinéma québécois pour les prochaines années?
Je crois que l’avenir du cinéma québécois est le même, dans le sens où ça va relativement bien malgré les difficultés. Je pense que l’avenir aussi, ce sont les jeunes réalisateurs, les gens qui vont sortir des écoles de cinéma et qui vont essayer de changer les choses. Le vrai problème, c’est que lorsqu’un réalisateur québécois fait un très bon film et qu’il se fait remarquer dans les festivals, qu’est-ce qui arrive? Il quitte. Même que Xavier Dolan dirige maintenant des acteurs américains. Il y a fort à parier qu’il fera de plus en plus souvent du cinéma à l’extérieur du Québec. C’est sûr que si notre talent s’exode comme ça à l’extérieur, il faut constamment le renouveler. L’avenir dans la vie, comme au cinéma, ce sont les jeunes.

Quelles sont les caractéristiques du cinéma québécois qui le rendent unique?
Ce sont les caractéristiques de tous les cinémas nationaux : il faut que ça parle de nous. Bon Cop Bad Cop, c’est un film cliché au sens où c’est un duo de policiers et on a vu ça 100 fois au cinéma. Pourquoi? Parce que tu as un policier de l’Ontario, anglophone, tu as un policier du Québec, francophone, et chacun a des caractéristiques culturelles très très claires. Puis ce n’est drôle que si on est Québécois, que si on comprend les références qui sont faites et qu’on comprend tout l’historique du Québec. Même chose avec Les Boys. Le hockey, les sacres, les gars de bar, ce n’est pas exportable ce genre de film-là. C’est à travers ces films-là qu’on distingue cette population d’une autre.

Selon vous, qu’est-ce qui manque à notre cinéma québécois pour avoir un aussi grand succès que le cinéma américain?
Je pense qu’il faut arrêter d’espérer d’avoir un aussi grand succès que le cinéma américain parce que c’est impossible. On est pas 300 millions d’habitants au Québec. On est une petite population francophone, dans un pays anglophone. On ne peut pas espérer un jour investir 80 ou 100 millions de dollars dans un film parce que, par définition, on ne rentrera jamais dans notre argent. Il faut qu’on soit réaliste. Le but du cinéma québécois, ce c’est pas d’être exporté partout dans le monde. Nos films ne jouent pas aux États-Unis et ce n’est pas dans leur mission non plus. Sa mission est d’être le reflet de qui nous sommes, donc il faut rester à notre échelle.

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