L’art au bout des lèvres

Des œuvres comportant de la nudité sont partagées quotidiennement sur diverses plateformes. Maude Bergeron, artiste et auteur du projet Les folies passagères, profite de cette entrevue pour s’exprimer à l’abris de la censure régie par la pudeur sociale. Elle explique, entre deux aquarelles, la pertinence du nu dans ses illustrations impudiques.

Par Myriam Desmeules | Arts, lettres et communication

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Colis comportant une aquarelle et des impressions du projet artistique Les folies passagères par Maude Bergeron. Photo: Myriam Desmeules.

Comment le public reçoit-il tes œuvres?
«Le public reçoit mes œuvres de deux manière assez distinctes. La première, il y a les personnes qui apprécient ce que je fais, qui vont beaucoup se reconnaître à travers mes propos […] de l’autre côté, c’est surtout des personnes qui voient ça plus négativement, donc des personnes qui vont avoir beaucoup de préjugés ou qui vont eux même avoir des propos racistes, sexistes, transphobes, etc. […] C’est même pas des critiques négatives, c’est plus des commentaires haineux. Je tiens pas compte des gens qui me manquent de respect».

Comment la nudité sert le propos de tes œuvres?
«La nudité est centrale au niveau de mes illustrations. Quand il n’y a pas de nudité c’est simplement parce qu’il n’y a pas de corps […] C’est certain que ça fait partie des thématiques que j’aborde. La diversité corporelle et les tabous qui entourent les corps c’est vraiment très présents […] Moi ce que je veux faire en fait, c’est retirer cette dimension plus standardisée autour des corps et rendre ça pas du tout tabou et acceptable pour tout le monde. En représentant des corps nus, ça amène une véritable exposition du corps et ça diminue les tabous et les préjugés, en fait, c’est ce que je souhaite».

Est-ce qu’un artiste masculin peut représenter un corps nu féminin en toute liberté?
«À la base, c’est important de ne pas oublier que la binarité des genres, c’est un un concept qui a été inventé dans la société. Le principe d’homme et femme, c’est pas réel […] on peut très bien s’identifier à aucun genre […] Si […] c’est un artiste masculin cisgenre qui utilise des corps de femmes dans ses œuvres d’art, je peux ressentir un malaise facilement parce que […] la plupart du temps, c’est-à-dire majoritairement, les corps des femmes sont objectifiés et utilisés pour plaire au regard masculin […] Par opposition complète, si c’est […] une personne qui n’est pas genré selon les normes et la binarité, ça prend une toute autre signification. […] Ça dépend vraiment de chaque concept et de chaque oeuvre».

Pourquoi as-tu adopté l’art nu?
«J’avais vraiment un besoin d’aller comprendre  tous ces standards puis […] ces concepts de beauté très restrictifs. Je trouvais justement qu’en illustrant des corps nus […] ça me permet directement d’exposer des choses qui sont très taboues, comme par exemple les poils corporels, les vergetures, la grosseur, les bourrelets, la graisse, les menstruations aussi [et] les organes génitaux».

Comment l’art nu peut changer le rapport de pudeur qu’entretiennent les individus avec leurs corps et ceux des autres?
«Je pense vraiment que l’art peut apporter beaucoup de choses positives par rapport à la perception que les gens ont envers leur propre corps et le corps des autres […] par le fait de rendre accessibles des corps qui représentent une diversité réelle […] donc les gens peuvent se reconnaître. Ça permet aussi une valorisation de ce qu’ils sont […] et [ça permet] de tranquillement retirer tout l’aspect plus tabou autour des corps humains […] Par rapport à ce que je fais personnellement, c’est beaucoup axé sur le respect des autres et la célébration de toutes les personnes peu importe leur apparence, leur poids, leur identité et tout […] Je reçois quand même assez souvent des messages et des témoignages de personnes qui pour elle-mêmes ressentent une différence […] Ça devrait justement être quelque chose qui est beaucoup plus répandue en général pour que […] les corps ne soient plus catégorisés et jugés comme ils le sont présentement. Finalement, qu’ils ne soient plus du tout synonymes d’objets sexuels».


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