Récit : Soultaker

Soultaker est une fiction qui m’a pris du temps à assembler, mais qui se veut, à la base, une œuvre spontanée : c’est-à-dire que les idées viennent d’ici et là et ne sont pas le résultat d’un brainstorming. Alors, il se peut que mes publications soient inconstantes. La fiction, en tant que telle, raconte l’histoire d’un jeune homme (Arion Soultaker) qui tente, par tous les moyens, d’avoir une place dans la société : il se sent vide, incompétent, voire complètement inutile. Son nom étant une ironie : il ne prend pas vraiment des âmes, mais c’est plutôt les autres qui, peu à peu, épuisent ses réserves.

Pierre-Olivier Pearson

PROLOGUE : L’ART DE VIVRE POUR MOURIR

J’étais là à fixer dans le vide (ou plutôt au travers d’une fenêtre d’un immeuble à condos) la pluie qui tombait et qui, sous une tapisserie grise et brumeuse, trouvait son chemin jusqu’au sol. Pour moi, c’était évident : les gouttes d’eau avaient une destination claire et simple. Si on pouvait dire la même chose de l’humanité, tout serait plus facile.

Vous voyez, je suis un simple employé de bureau chez Storm : une compagnie qui embouteille des bouteilles d’eau, qui obtient des droits de propriété sur des sources d’eau potable et qui, au final, ne fait que détenir de plus en plus « d’or bleu ». Le banal bureaucrate que je suis ne sait pas trop quoi penser des divergences, tant socialement que du côté politico-économique. Pour être honnête, j’en ai rien à foutre. Si on pouvait tout simplement se serrer la main et dire que tout va bien, ça serait parfait. Un schème en rose. Ne serait-ce donc pas une utopie morose?

L’odeur de pains brûlés me tira hors de mes songes et, sincèrement, je poussai un grognement de frustration : il faut me comprendre, c’était la 4e fois en 2 jours. Je n’avais pas le temps de m’attarder à me faire un autre déjeuner, alors je jetai les échecs et je sortis de ma demeure : je devais aller travailler après tout! Sauf que, vous voyez, honnêtement, j’aurais préféré avoir une vie différente. Le genre de vie qui change les gens et le monde à jamais. Parfois, on se dit qu’être banal c’est normal et que nous vivons pour mourir.

Un parapluie à la main, j’avançai laborieusement vers ma destination, qui était à quelques minutes de mon appartement. J’avais décidé, très rapidement, d’habiter proche de mon lieu de travail pour embarquer dans la routine et dans un cercle vicieux plus efficacement : les gens appellent ça la normalité et la structure sociale. Le bruit des gouttelettes qui fracassait mon armure de toile me sortait du tempo si rythmique de la société. Les gens dans la rue, autour de moi, marchaient tous de façon différente, mais possédaient une uniformité épeurante. Là, vous vous dites sûrement que je déteste fort probablement les humains et que je suis le genre de personne qui serait prête à laisser mourir un de mes soi-disant confrères? Fort probablement, mais pas pour la raison que vous croyez fondamentalement incrustée en moi : en fait, c’est juste que je serais probablement trop con et que je lui briserais le thorax en lui faisant le RCR.  

J’adore les humains, simplement pas l’humanité. Toutes ces rêveries et ces discussions avec vous, chers lecteurs qui ont insisté pour connaître mon épopée, m’a amené au moment précis où tout a changé, où le rythme s’est fracassé au sol en unisson avec la pluie, un éclair pourfendant le ciel de sa lueur inspirante, éclairant les hommes les plus sombres et qui fut accompagné aux tambours de son ami fidèle (en retard comme à son habitude) qu’est le tonnerre : le jour où l’homme perdu que je suis trouva la carte indiquant son avenir. Franchissant la porte affichant fièrement le logo Storm, un nuage avec une goutte d’eau qui semblait vouloir s’échapper autant de moi de son propriétaire, j’étais prêt à assumer la prochaine étape de ma vie dans quelques minutes, et ce, malgré moi.

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