La religion perdue

En 2016, les Québécois n’accordent plus la même importance à la religion qu’au début du 21e siècle. On remarque une plus grande diversité et une plus grande pratique de la religion au Québec. Depuis la séparation de l’État et de l’Église pendant la Révolution tranquille dans les années 60, la religion catholique au Québec vit un important déclin. C’est le patrimoine religieux, mais aussi artistique du Québec qui risque d’en souffrir. Des gens travaillent pour le préserver et faire connaître aux générations futures l’importance qu’a eue la religion en l’exposant de diverses façons.

Par Ariane Daigle | Arts, lettres et communication

Le patrimoine religieux artistique québécois a évolué au fil des ans. Différents événements, mis ensemble, font de la religion au Québec ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Le Québec accueille de nombreux immigrants. Ils ont dans leur bagage une culture, des croyances bien ancrées en eux et différentes des nôtres. Provenant tous de pays bien différents les uns des autres, ils transportent avec eux plusieurs religions qui étaient, il y a quelques années, peu connues des Québécois. Il est important d’ajouter que les Québécois sont beaucoup moins nombreux à avoir la foi et à pratiquer la religion catholique en 2016.

Après l’époque de la Révolution tranquille, le Québec vit un déclin majeur de la religion catholique. Selon un sondage mené par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse en 2015, « seulement 5 % des répondants affirment que la religion est une référence première dans leur vie ».

Intérieur artistique de l’église Saint-Jean-Baptiste à Québec.
Intérieur artistique de l’église Saint-Jean-Baptiste à Québec. (Source : Wikipédia)

PLUS GRANDE LIBERTÉ ARTISTIQUE

Cette diversité est intéressante pour un artiste d’aujourd’hui, car c’est en fait l’ouverture à d’autres cultures qui leur permet une plus grande liberté d’expression. Il y a moins de limites qui leur sont imposées par la société. « L’art contemporain n’a pas de critère précis contrairement à avant où il y avait des courants et des mouvements artistiques. Aujourd’hui, on peut faire ce que l’on veut et personne ne va critiquer nos créations », explique Daniel Galicia, artiste et étudiant en dessin et peinture à l’université Concordia.

« LES LIEUX CULTES AU QUÉBEC FONT SOUVENT PARTIE DE NOTRE CULTURE ET IDENTITÉ QUÉBÉCOISE PARCE QUE LA RELIGION A ÉTÉ TRÈS IMPORTANTE DANS LE DÉPLACEMENT DU QUÉBEC PENDANT CERTAINES ANNÉES » – FRANÇOIS TÉTREAULT, AGENT DE DÉVELOPPEMENT ET COORDONNATEUR AU VOLET PATRIMOINE À LA SOCIÉTÉ DE DÉVELOPPEMENT ET D’ANIMATION DE MASCOUCHE (SODAM).

Les artistes sont plus indépendants sans leur création. Ils peuvent représenter dans leur travail ce qu’ils veulent. C’est ainsi que la religion apparait dans les œuvres religieuses en 2016. C’est plutôt pour reprendre le travail d’un artiste marquant un courant précédant. Certains artistes du passé sont reconnus pour leur technique artistique qui a influencé les courants suivants et qui aujourd’hui influence encore les artistes et leur démarche artistique. La religion est représentée sous toutes sortes de formes et dans plusieurs contextes différents. Un artiste ne peint plus Jésus sur sa croix dans le but de l’incarner.

ARTISTES AUDACIEUX

Les artistes contemporains sont audacieux et n’ont pas peur de la provocation. Ils expriment leurs idées en présentant des sujets tabous comme la religion. Les réactions du spectateur sont loin d’être un enjeu dans leur élan artistique. « Mes inspirations viennent beaucoup de mes expériences personnelles, des problématiques qui m’entourent, des sujets un peu tabous ou des questions que je me pose, je parle beaucoup de sexualité, l’immigration et de l’identité dans mes tableaux », explique Daniel Galicia.

Certains artistes vont plutôt manifester leurs idées par la christianophobie, c’est-à-dire que les artistes font preuve d’intolérance et de discrimination envers les chrétiens. D’autres vont s’inspirer de la religion et du Christ dans leurs œuvres, mais on qualifie ces œuvres de figure du désintéressement parce qu’ils représentent le Christ sans vouloir l’incarner comme figure religieuse.

RELIGION ET HISTOIRE DE L’ART

Depuis 2008, le Québec a mis en place un programme d’enseignement d’éthique et culture religieuses dans tous ses établissements scolaires. Maintenant, la religion catholique n’est plus enseignée dans les écoles du Québec. Toutefois, la religion reste présente dans les cours d’histoire de l’art, car elle est un élément important de l’histoire de l’art. Dans ces cours, il n’y a pas seulement les œuvres artistiques qui sont étudiées. L’histoire de l’art comprend aussi les lieux cultes. Par exemple, les églises renferment une religion, mais aussi une histoire, des souvenirs et des significations précieux.

Le Québec regroupe au total 2751 lieux cultes dont près du trois quarts de ceux-ci, c’est-à-dire 2023, sont des emplacements associés à religion catholique selon un répertoire établi en 2006 par la fondation du patrimoine religieux du Québec. Pour certains, la construction remonte à bien des années. Les plus vieux peuvent avoir été construits au 19e siècle. Aujourd’hui, même si la religion n’occupe plus la même place dans les familles québécoises, les églises auront toujours une signification importante au Québec, car elles représentent l’histoire et l’origine des villes ou villages. Elles portent un bagage important.

La chute de la pratique de la religion catholique remonte à l’époque de Jean Lesage. Cette époque de changements amène entre autres la séparation de l’Église et de l’État, ce qui serait à l’origine du désintéressement de la religion catholique d’aujourd’hui. Plus du tiers des lieux cultes au Québec ont été construit entre 1945 et 1975. Les églises représentent un élément important dans une ville. Elles ont une signification, une histoire et une mémoire. Placée au centre du village, on la perçoit au loin par son clocher bien suspendu dans les airs. D’autant plus que ces lieux ont « un rôle de repère territorial et identitaire » selon un article d’Amélie Racine publié sur veilletourisme.ca.

« Les lieux cultes au Québec font souvent partie de notre culture et identité québécoise parce que la religion a été très importante dans le déplacement du Québec pendant certaines années. Les lieux cultes québécois ont plusieurs spécificités qu’on ne trouve pas nécessairement ailleurs. Ils racontent une histoire. De plus, c’est possible de remonter le temps à travers ces bâtiments-là et ils apportent une grande signification pour encore beaucoup de gens dans notre communauté et notre société au Québec», souligne François Tétreault, agent de développement et coordonnateur au volet patrimoine à la Société de développement et d’animation de Mascouche (SODAM).

Les personnes nées au Canada sont de moins en moins croyantes, mais les immigrants ne changent pas.
Les personnes nées au Canada sont de moins en moins croyantes, mais les immigrants ne changent pas. (Source : petite-nation.qc.ca)

UN SOUTIENT POUR LES TRANSFORMATIONS

Le Québec vit actuellement un problème avec ces constructions historiques. Les plus vieux lieux cultes sont amenés à vivre des changements comme une rénovation, une nouvelle utilité ou une démolition. Heureusement, le gouvernement du Québec a toujours été présent pour l’aide financière des projets de restauration d’églises. Depuis 1983, il soutient le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) pour la conservation du patrimoine québécois. De plus, certains organismes à but non lucratif viennent aussi en aide à ce problème. Luc Noppen est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, spécialistes du patrimoine religieux reconnu à l’international. Il est également professeur à l’UQAM dans le département d’Études urbaines et touristiques depuis 2001. De plus, son équipe et lui ont retapé jusqu’à présent plus de 600 lieux cultes au Québec. Ces lieux sont rénovés en lieux culturels et touristiques. Cependant, selon lui, le plus dur reste à venir puisque les lieux cultes restants ont « de grandes intensités patrimoniales ».

Depuis quelques années, le Québec s’occupe de remettre à neuf de vieilles églises. Les projets de renouvellement peuvent donner des résultats impressionnants. Par exemple, ces lieux cultes peuvent être entre autres transformés en hôtel, en restaurant tel que le Sacristain à Trois-Rivières, en bibliothèque comme la bibliothèque Saint-Jean-Baptiste de Québec anciennement l’église anglicane St Matthew qui est classée monument historique ou bien en salle de spectacle avec leur qualité acoustique et leur décor incroyable. « Je trouve cela louable de leur donner une nouvelle vie, ou une deuxième vocation. C’est un lieu qui a toujours appartenu à la communauté dans l’histoire et tant que ça revient à la communauté je trouve que c’est vraiment très valable et ça garde encore tout son sens », déclare François Tétreault.

Les églises et autres lieux cultes du Québec font partie des éléments importants du patrimoine québécois. Que ce soit religieux ou artistique, ces lieux fondent la société et laissent une trace du passé. C’est 40 % des lieux cultes au Québec qui représente, d’un point de vue architectural, artistique ou historique, une grande valeur patrimoniale selon le CPRQ.

Avant la Révolution tranquille, la religion était omniprésente dans l’ensemble de la société québécoise. Dans les années 80, on remarque une baisse de la pratique religieuse. Toutefois, le Québec a conservé les marques importantes, telles que des œuvres d’art ou des bâtiments religieux, que la religion a laissées à travers les époques. Les lieux cultes qui tombent en ruine et qu’on ne peut rénover puisqu’il n’y a pas d’assez gros revenu pour le faire sont transformés en un centre communautaire par exemple. On met à neuf ces bâtisses dans le but de les conserver pour leurs valeurs religieuses et artistiques, mais également parce qu’elles appartiennent à la communauté donc, ces bâtisses lui reviennent.

« JE TROUVE CELA LOUABLE DE LEUR DONNER UNE NOUVELLE VIE, OU UNE DEUXIÈME VOCATION. C’EST UN LIEU QUI A TOUJOURS APPARTENU À LA COMMUNAUTÉ DANS L’HISTOIRE ET TANT QUE ÇA REVIENT À LA COMMUNAUTÉ JE TROUVE QUE C’EST VRAIMENT TRÈS VALABLE ET ÇA GARDE ENCORE TOUT SON SENS » – FRANÇOIS TÉTREAULT.

« Je trouve cela louable de leur donner une nouvelle vie, ou une deuxième vocation. C’est un lieu qui a toujours appartenu à la communauté dans l’histoire et tant que ça revient à la communauté je trouve que c’est vraiment très valable et ça garde encore tout son sens »

LES MUSÉES RELIGIEUX AU QUÉBEC

La religion reste encore présente sous une autre forme dans la société québécoise. Un grand public visite les musées religieux. En 2011-2012, c’est 14 650 individus qui visitaient le Musée des religions du monde de Nicolet. Ce musée présente toutes sortes d’expositions portant sur la religion. On présente aussi différentes religions à travers des œuvres ou simplement avec des objets religieux. Que ce soit un tapis de prière, un chapelet ou une kippa, ils essaient de sensibiliser et transmettre des connaissances à la population.

« Il y a une grande incompréhension et une méconnaissance des autres religions qui cohabitent avec nous au Québec. Tout le monde devrait venir à Nicolet pour être un bon citoyen québécois », confie Jean-François Royal au journal Le Devoir. Par exemple, en 2014, il y avait l’exposition Et voilà, le voile musulman dévoilé. Dans cette exposition, on présentait ce qu’est vraiment le voile dans la vie d’une femme musulmane. Entre autres, on apprenait que le voile est un choix entièrement personnel. On en apprend sur ces femmes qui le portent pour des raisons personnelles et par convictions religieuses.

Le musée fait depuis 2013 des expositions hors les murs. Les employés du musée visitent les écoles et ils offrent un choix d’exposition qu’ils présentent ensuite aux élèves. L’année suivant l’instauration de ce projet scolaire, la demande fut si grande qu’ils ne craignent pas pour la réussite de ce projet dans les années suivantes. « Les conférences dans les écoles sont offertes à travers le Québec. Par exemple, en mars dernier, deux employés se sont rendus à Val-d’Or pour offrir dix conférences sur une période de deux jours », souligne Marie-Hélène Morin, responsable des communications au musée des religions du monde de Nicolet.

Musée des religions du monde de Nicolet qui accueille chaque année plus de 10 000 visiteurs.
Musée des religions du monde de Nicolet qui accueille chaque année plus de 10 000 visiteurs. (Source : www.museedesreligions.qc.ca)

LA FRÉQUENTATION

Les statistiques reliées à la fréquentation des musées religieux au Québec restent pratiquement les mêmes au fil des ans. Une grande exposition peut amener un plus grand public à visiter les musées au Québec. Cependant, « depuis le début des études statistiques sur la fréquentation des institutions culturelles comme les musées, les hausses et les baisses notées ne sont pas très grandes, ça varie souvent entre 4 et 5 % », souligne Christine Routhier, de l’OCCQ, au journal le Devoir. On remarque que le public des musées est fidèle et que la fréquentation des organisations scolaires reste pratiquement la même d’une année à l’autre. Depuis les quatre dernières années, le Musée des religions du monde de Nicolet reçoit environ 10 500 visiteurs. Ce chiffre varie de plus ou moins 100 visiteurs d’année en année.

« LE TOURISME RELIGIEUX DOUBLERA D’ICI CINQ ANS » – PIERRE BELLEROSE, DIRECTEUR DE TOURISME MONTRÉAL.

Il n’y a pas seulement les musées religieux qui gagnent en popularité avec une moyenne qui dépasse les 10 millions de visiteurs. Même si les églises perdent en population pour ce qui est de l’aspect religieux, elles sont toutefois de plus en plus fréquentées lorsqu’il est question de tourisme. Les gens s’intéressent dorénavant à la quête spirituelle. Il cherche à donner un sens à leur vie et c’est pour cette raison qu’ils visitent des lieux spirituels. Ce phénomène est avantageux pour les villes et villages, ça leur permet de conserver les lieux ou objets religieux puisqu’ils sont fréquentés.

Selon le directeur de Tourisme Montréal, Pierre Bellerose, et la directrice générale de la Corporation du patrimoine et du tourisme religieux de Québec, Martina De Vries, « Le tourisme religieux doublera d’ici cinq ans ». Un impact économique important se fera ressentir. Par exemple, à Montréal, sur 2,5 milliards $ de retombées économiques, le tourisme religieux rapporte 250 millions $. À Québec, ce sont 80 millions en retombées économiques pour le tourisme religieux. Pour Québec, les églises et les lieux cultes ne rapportent pas la majorité des revenus du tourisme religieux. « Contrairement à la croyance populaire, même si elles ont attiré plus de 800 000 personnes, les visites des églises du Vieux-Québec rapportent très peu aux églises elles-mêmes », précise Mme De Vries. « Ce sont les hôtels, les boutiques et les restaurants qui profitent au maximum des retombées du tourisme religieux » explique Yves Therrien dans son article Le tourisme doublera d’ici cinq ans du journal Le soleil.

Le tourisme religieux attire beaucoup de gens de l’étranger. À 75 %, le tourisme religieux provient de l’international contrairement au tourisme régulier qui attire seulement 25 % du public étranger. On explique cette situation simplement par le fait que les gens provenant de l’étranger tel que le Mexique ou l’Amérique du Sud sont des populations très croyantes.

« Chose certaine, tant à Québec qu’à Montréal, le tourisme religieux continue à croître et fait partie des points d’intérêt des touristes de toutes provenances, de tous âges et de toutes religions », mentionne Yves Therrien dans son article Le tourisme doublera d’ici cinq ans du journal Le Soleil.

La religion au Québec apporte encore beaucoup à la société ainsi qu’aux étrangers. Lorsqu’on considère son apport religieux, artistique et économique, cette dernière est encore importante aux yeux de plusieurs québécois. Elle a évolué et a influencé les vies de chacun.

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