Vendre ses terres à un investisseur privé

Léguer leurs terres, les vendre ou les abandonner. Voici les trois options déchirantes qui s’offrent aux agriculteurs lanaudois qui sont sur le point de prendre leur retraite.

Par Sarah Bélanger | Arts, lettres et communication

Les terres agricoles de Lanaudière sont parmi les plus convoitées par les investisseurs privés au Québec. Leur vendre est cependant une avenue insécurisante pour certains agriculteurs puisqu’ils ignorent ce qu’ils en feront : les revendre, les louer, les dézoner pour y construire des habitations ou faire de la spéculation.

Plusieurs producteurs agricoles se tournent vers eux lorsqu’ils veulent vendre leurs terres, qu’aucun autre agriculteur ne peut les acquérir ou que personne ne peut prendre la relève. Bien que ce choix reste parfois le plus avantageux, certains croient plutôt le contraire en raison des nombreux dangers de cette vente.

«Vendre ses terres à un investisseur privé comporte évidemment plus de dangers que d’avantages, dit Ninon Proulx, une cultivatrice de maïs, de blé, d’orge et de soya. Il peut notamment les convertir en condominiums, ce qui est loin d’être une bonne chose.»

Un investisseur nuit aussi à la relève agricole et au modèle agricole québécois lorsqu’il achète les terres d’un producteur, selon les intervenants rencontrés. Son but est rarement le développement de l’agriculture au Québec, contrairement aux cultivateurs. Il contribue à la diminution du nombre de fermes, à la transformation d’une agriculture d’entrepreneurs à une agriculture de salariés et à la marginalisation des fermes de petites et moyennes tailles.

 

 Ninon Proulx, une cultivatrice lanaudoise de céréales, vendra sa terre à un investisseur privé si ses enfants ne veulent pas prendre la relève. (Photo: Sarah Bélanger)
Ninon Proulx, une cultivatrice lanaudoise de céréales, vendra sa terre à un investisseur privé si ses enfants ne veulent pas prendre la relève. (Photo: Sarah Bélanger)

Faibles avantages

Un exploitant agricole peut régler ses dettes et améliorer ses moyens de subsistance s’il vend ses terres à un investisseur privé. Certains d’entre eux peuvent toutefois procurer bien d’autres avantages aux producteurs, notamment Pangea, un investisseur privé qui crée des coentreprises avec des agriculteurs québécois.

«Le producteur qui travaille en partenariat avec Pangea gagne un meilleur revenu et fait des économies d’échelle, car il peut exploiter plus d’acres de terres, utiliser un même tracteur pour une superficie plus grande et rentabiliser son achat, déclare la directrice des communications de cette société, Marie-Christine Éthier. Pangea le conseille pour qu’il devienne encore plus productif sur ses terres, mais il reste le décideur de ce qu’il cultive.»

«Il y a peu d’avantages pour un agriculteur à vendre ses terres à un investisseur, mis à part qu’il peut obtenir un montant plus élevé, affirment au contraire le président du Syndicat de la relève agricole de Lanaudière (SRAL), Yannick Bérard. Encore là, il y a souvent d’autres producteurs proches qui veulent acheter ces terres au même prix qu’un investisseur pour empêcher que celui-ci les achète.»

Règles indispensables

L’homme est convaincu qu’il est primordial d’imposer des règles pour l’achat des terres agricoles par des investisseurs. Il propose notamment de limiter le nombre d’hectares achetables par un investisseur ou un agriculteur à 100 par année.

M. Bérard pense aussi qu’une loi sur la location devrait être adoptée pour éviter que les investisseurs abandonnent les terres achetées. «Il y aura moins de légumes dans les épiceries et moins de céréales cultivées s’ils délaissent les terres, explique-t-il. Il faut au moins les obliger à louer les terres achetées à des producteurs.»

Collaboration incertaine

«Une collaboration est impossible sans loi parce que les investisseurs essayeront toujours de profiter des agriculteurs et d’avoir l’avantage sur eux», soutient M. Bérard.

Marie-Christine Éthier croit au contraire que faire affaire avec Pangea peut être bénéfique pour eux, car cette entreprise ne prête pas de l’argent et n’est pas là pour faire des profits, contrairement aux banques, puisqu’il s’agit d’une société privée qui collabore avec les producteurs.

QUESTIONS-RÉPONSES : Une cultivatrice lanaudoise de céréales redoute les intentions des investisseurs privés

Sarah Bélanger: Croyez-vous que l’achat d’une terre agricole par un investisseur privé comporte plus d’avantages ou plus de dangers pour un agriculteur?

Ninon Proulx: Vendre ses terres à un investisseur comporte plus de dangers que d’avantages.

SB: Quels sont ces dangers selon vous?

NP: L’investisseur peut convertir les terres agricoles en condominiums une fois qu’il les a achetées.

SB: Croyez-vous qu’une collaboration est possible entre les producteurs et les investisseurs privés?

NP: Oui, si l’investisseur continue d’entretenir la terre ou s’il la loue au moins à un producteur.

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